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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 11:54

WaterworldJ'aime bien de temps en temps revoir un gros film descendu à sa sortie. Et comme je l'avais mentionné dans ma chronique sur Terrain miné il y a quelques jours, je me suis dit, tiens, pourquoi ne pas revoir Waterworld pour ce mois d'hommage aux stars du cinéma d'action. Après tout, même s'il n'a pas encore été "adoubé" par une apparition dans un épisode d'Expendables, Kevin Costner n'a pas été que le type qui a fait rêver ta maman dans les années 90 grâce à Bodyguard. Entre Les Incorruptibles, Robin des bois, prince des voleurs et Danse avec les loups on peut dire qu'il commençait à s'imposer dans ce domaine. Sinon il n'aurait pas probablement pas pu faire faire Waterworld et Postman.

A l'époque ça a fait couler beaucoup d'encre en tant que "film le plus cher de l'histoire", certains utilisaient le qualificatif comme argument publicitaire pour te faire croire que ça allait forcément défoncer encore plus fort que Terminator 2, mais d'autres le mentionnaient en jubilant à l'idée que ce gros prétentieux de Costner n'allait jamais réussir à rentrer dans ses frais et que ça serait bien fait pour sa gueule (y avait probablement un truc oedipien au-delà de l'occasion de faire des gros titres parlant de "tomber à l'eau", "couler" ou "faire naufrage"). Dans mon souvenir, c'était décevant mais ça ne méritait certainement pas l'acharnement dont ça avait été victime. Alors, vingt ans plus tard, ça donne quoi ?

Généralement décrit comme un "Mad Max sur l'eau" parce que les gens ne sont pas très imaginatifs mais aussi parce que c'est assez vrai, Waterworld se passe dans un futur où la Terre a été entièrement submergée par la fonte des pôles. Ce qu'il reste de l'humanité quelques siècles après la catastrophe survit dans des villages flottants fortifiés, à la merci des attaques des "Smokers", des pirates fumeurs et pollueurs qui écument les mers à bord de l'Exxon Valdez. Costner, lui, préfère se tenir le plus possible à l'écart de tous ces gens-là, d'abord parce qu'il est trop cool pour être ton pote, mais aussi parce que c'est un mutant et qu'il sait qu'il va être rejeté comme un monstre chaque fois qu'on découvrira qu'il a des ouïes de poisson. Il vagabonde à bord de son trimaran à la recherche de bricoles à troquer, mais un jour qu'il s'arrête pour faire ses courses, il se retrouve pris dans un assaut des Smokers puis en fuite avec une petite fille qui porte, tatouée sur son dos, une carte censée mener aux dernières terres encore sèches.


Le village flottant a probablement coûté à lui seul de quoi faire deux autres films
et disparaît complètement après la première demi-heure. Une folie que plus aucun studio n'ose de nos jours,
alors que ça restera toujours bien plus cinégénique des images de synthèse incrustées sur fond vert.

 

Après un détournement rigolo du logo Universal, le film s'ouvre sur Costner pissant dans une bouteille puis buvant son urine recyclée, une scène assez emblématique de deux gros problèmes récurrents dans Waterworld. D'abord, son  univers post-apocalyptique est construit sur des éléments pas super crédibles dès qu'on y réfléchit deux secondes. Alors quoi, dans le futur on invente des filtres à pipi mais plus personne ne sait désaliniser l'eau de mer ? Et l'homme-poisson, il peut respirer dedans mais pas la boire ? Ca se déroule suffisamment longtemps après le cataclysme pour que plus personne ne sache à quoi ressemblait le monde d'avant, et que de nouvelles langues et croyances se soient développées, mais la bouffe et les cigarettes retrouvées à bord du cargo sont encore consommables ? C'est dommage, parce que l'idée de ce monde aquatique est intéressante et que tout ce qui est décors, costumes et accessoires est vraiment chouette, plein de petits détails rigolos comme le fait que les Smokers se confectionnent des vêtements avec ce symbole de la pollution marine que sont les anneaux en plastique qui servaient à tenir les lots de boissons ensemble.


Dans le futur, on sait fabriquer des trimarans hi-tech avec des bouts d'épave et des objets de récup,
mais on ne sait pas recopier des coordonnées sur du papier pour éviter d'avoir à pourchasser
la gamine qui les porte tatouées sur son dos.


Mais l'autre problème, donc, c'est Costner, qui à vouloir casser son image de gentil garçon, finit par en faire trop, au point de se rendre foncièrement antipathique. On devine une tentative de camper un anti-héros eastwoodien, ce qui d'ailleurs lui avait plutôt bien réussi dans Un Monde parfait, mais ici il veut être L'Homme sans nom. Et il n'a pas pu se contenter d'être bourru, solitaire et taciturne, il a tenu à enfoncer le clou, du coup son personnage se comporte constamment en brute égoïste.  Puis après avoir été un sale con imbuvable pendant la moitié du film, d'un coup il décide que ce serait bien de se révéler comme un justicier au grand coeur. Le revirement est trop brusque pour être vraiment plausible, et le personnage ne parvient jamais à séduire. Comme en plus c'est un scénario un peu con qui le mène d'une péripétie à l'autre, c'est difficile de vraiment se passionner pour ses aventures.


"Je vous préviens, si vous essayez encore d'être sympas avec moi, je vous fais violer
par des requins et bouffer par des pirates. Mon coeur d'or ne se dévoilera
que quand on aura fini de réécrire le dernier acte du scénario."


Pourtant, dans les scènes d'action, on sent bien que les deux Kevin (Costner et Reynolds, le réalisateur) se sont dit, quitte à faire péter le record de budget établi quelques années auparavant par James Cameron, autant  essayer d'être encore plus impressionnant visuellement. Et si au final je ne dirais pas qu'il parvient à surpasser Terminator 2, Waterworld ne démérite pas dans ce domaine. C'est l'époque où on faisait encore presque tout avec des vrais cascadeurs, des vrais véhicules, des vraies explosions, dans des vrais décors remplis de vrais figurants, où il fallait que le public voit qu'on n'avait pas lésiné sur les moyens pour lui offrir quelque chose de grandiose. Il y a des cascades en jet-ski, en avion, ils ont même réussi à placer des cascades en voiture à bord d'un bateau, c'est bien foutu, assez inventif parfois, et pas déplaisant à regarder.


A une époque où les James Bond ont un peu mis de côté l'aspect "voyons ce que Rémy Julienne et ses gars
peuvent nous concocter d'inédit" pour le remplacer par
"voyons dans quel ville la doublure de Daniel Craig peut faire du parkour",
c'est pas désagréable de revoir un film où des gens font du ski nautique tirés par un hydravion.


C'est pas un hasard si vingt ans plus tard, Universal n'a aucune intention de faire une suite ou un remake, alors que le spectacle aquatico-pyrotechnique adapté du film continue d'être l'une des attractions-phares de leurs parcs : on ne peut pas s'impliquer dans Waterworld au-delà du simple "ouah dis donc t'as vu les jet-skis qui s'envolent !" ou "ouah le mec là il fait son Tarzan au milieu des flammes, trop fort !" parce que son univers est trop factice, son histoire trop bébête, ses personnages inintéressants (à part, à la rigueur, le méchant joué par Dennis Hopper), mais quand on aime un tant soit peu voir des casse-cous faire leur métier de dingues avec de gros moyens, il y a des scènes qui valent vraiment le détour. Alors oui, c'est un film raté, trop long, un peu puéril dans sa façon d'essayer de nous dire que la pollution c'est vilain, mais si vous n'avez pas de quoi vous payer un voyage à Hollywood, Osaka ou Singapour, c'est au moins l'occasion de voir le show quand même pour quelques euros.


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Waterworld (1995), réalisé par Kevin Reynolds (Robin des Bois, prince des voleurs) sur un scénario de Peter Rader (La Dernière légion) et David Twohy (Pitch Black). Avec Kevin Costner, Jeanne Tripplehorn (Basic Instinct), Dennis Hopper, Tina Majorino (Veronica Mars), Gerard Murphy (Batman Begins), Michael Jeter (La Ligne verte). Il y a Jack Black cinq minutes dans le rôle du pilote de l'hydravion aussi.

 

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commentaires

jakbonhom 29/04/2015 21:17

Ca ferait une bonne thématique, "les films super chers de l'histoire du cinéma qui se sont faits descendre à leur sortie en salle mais qui sont pas si nuls que ça finalement". Je me souviens que j'étais pas allé le voir parce qu'il s'était fait méchamment allumer, mais je l'ai pas trouvé si naze que ça. Son principal "défaut" est d'être sorti à une époque où les effets spéciaux ont commencé à prendre le dessus et où les films d'action-aventure n'avaient plus la cote. Dans le même genre, "Lone Ranger" et "John Carter" - que tu peux rajouter à ta liste - ne méritaient pas non plus de se faire descendre sans sommation au moment de leur sortie.

Toxic 29/04/2015 21:36

J'ai aimé Lone Ranger et John Carter aussi, en fait j'avais écrit tout un paragraphe dessus pour la chronique de Waterworld et puis je l'ai viré parce que j'ai trouvé que ça alourdissait trop avec du blabla un peu hors sujet.

thierry 18/04/2015 22:32

Vu a sa sortie au ciné et déçu à l'époque...Mais je me le materais bien de nouveau un de ces jours

Toxic 18/04/2015 23:31

A l'époque moi j'en avais pensé quelque chose comme "ça va c'était pas si nul, mais pour le film le plus cher de l'histoire, ça aurait dû être 10 fois mieux !" Un truc que j'avais vraiment oublié c'est que Costner était aussi détestable dedans. Et un truc que le cinéma d'aujourd'hui m'a amené à réévaluer à la hausse, c'est la qualité des scènes d'action.

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