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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 08:44

Apparemment, l'éditeur français de Jungle Ground ne croit pas suffisamment en la notoriété de Roddy Piper auprès des amateurs de direct-to-video pour afficher sa bobine et son blaze sur la jaquette. Mais c'est bien lui la vedette de ce téléfilm de 1995, réponse canadienne à la mode des "films de ghetto" de l'époque, mais plus proche des Guerriers de la nuit dans son intrigue et sa vision fantasmée du monde des gangs. Jungle Ground se déroule en effet dans ce qui était le décor de tous les beat'em up des années 90 (et, de nos jours, celui des discours politiques sur l'insécurité) : une grande zone urbaine sinistre entièrement dédiée au crime sous toutes ses formes, "où même la police n'ose plus aller", où des centaines de jeunes marginaux se sont organisés en véritable armée pour célébrer ensemble leur amour des coiffures punks, des blousons en cuir, des jeans déchirés, des bracelets à clous, de l'éclairage par barils enflammés et des surnoms comme "Viper", "Razor" ou "Pitbull". Piper joue un flic contraint de participer à une mission sous couverture qui tourne rapidement au désastre. Capturé par les "Ragna-Rockers", le gang qui contrôle cette zone de non-droit que la VF (que je suppose québécoise parce que les personnages appellent une soirée une "partie" et utilisent des vannes aussi percutantes que "t'as bu ou t'as soif ?") appelle "Cité Noire", il devient la proie d'une chasse à l'homme et doit parvenir à quitter les bas-fonds sans aide extérieure avant le lever du jour s'il veut revoir sa copine vivante.

Dans la vraie vie, Toronto est apparemment l'une des grandes villes les plus sûres du continent américain. Et c'est rigolo de penser que malgré ça, il y a 20 ans, des gens de là-bas se sont quand même dit, vraisemblablement après avoir vu Boys N The Hood ou Menace II Society, "tiens, nous aussi je parie qu'on a des quartiers difficiles où tout le monde est un délinquant et s'entretue à coups de Uzi, on devrait faire un film qui se passe dans cet univers !" Même si le début se présente comme un polar sérieux, assez rapidement on comprend que ça ne prétend clairement pas dépeindre quoi que ce soit de façon réaliste. C'est pas un drame social, ça n'a pas de "message", c'est ce qu'on pourrait appeler de la "ghettosploitation", un film d'action qui surfe sur une mode. Notez que je dis pas ça comme une critique hein, au contraire. Ca aurait été difficile de tenter de dire un truc sérieux sur la misère, l'injustice et la violence tout en dépeignant les quartiers pauvres du Canada comme des coupe-gorge dont les habitants
n'ont pas attendu l'apocalypse pour vivre comme dans un Mad Max. Jungle Ground se contente donc d'imaginer ce qui se passerait si Roddy Piper était le héros de Double Dragon.
 


Dans le monde pittoresque des gangs de rues imaginaires, le Uzi ne sert pas à faire des "drive-by"
contre les bandes rivales, c'est un accessoire à munitions illimitées pour ados rigolos en rollerblades.


Le charme du film réside dans cette improbable "Cité Noire", avec sa bande des Rockers qui ressemblent moins à un vrai gang criminel qu'aux Juggalos, ou aux Cobra de GI Joe : c'est multiethnique, mixte, ils ont leur logo sur les murs de leur QG, leurs fringues, leurs véhicules, et même si leur thème officiel c'est la mythologie nordique, ils restent assez inclusifs pour avoir un mec qui porte un stetson et des six-coups, un gamin en rollerblades qui se prend pour un animateur télé, et des gens qui s'appellent "Diesel" ou "Spider" aux côtés de "Thor", "Loki" et "Troll". Et leur chef Odin (prononcé "Odine" par les doubleurs québécois), qui ressemble à une sorte de sous-Billy Idol, a même des tueurs jumeaux à sa solde ! Franchement, il ne leur manque plus qu'une ligne de figurines articulées à leur effigie. Bon, on ne sait pas trop de quoi vit tout ce petit monde, parce que dans un quartier comme le leur il ne reste personne à dépouiller, qu'ils rejettent violemment le trafic de drogue et qu'en dehors des putes (au grand coeur, bien sûr) et de leur mac personne ne semble avoir un travail, mais ils ont quand même une économie qui visiblement fonctionne bien puisqu'en plus de leurs gilets en cuir personnalisés ils ont des tonnes d'armes et de munitions, détruisent leurs propres bagnoles pour se divertir, et ont même une espèce de marché dans leur base où les membres peuvent se procurer des fruits et légumes.
 


Ceux qui ont joué à Streets of Rage sur Megadrive il y a 20 ans savent que les piles de pneus
servent à cacher des poulets rôtis pour récupérer de la vie après une bagarre.


A côté de ça, on pourra regretter que Roddy Piper soit un peu terne, avec un personnage de flic relativement banal. Je suis tenté de croire que c'est en partie la faute, une fois de plus, d'un doublage pas terrible (et évidemment, il n'y a pas de VO sur le disque). Mais il faut dire aussi que des intrigues secondaires à peu près inutiles limitent son temps de présence à l'écran et donc la possibilité de rendre son rôle plus intéressant. Le pervers qui drague sa copine, les flics qui viennent enquêter sur les lieux de son opération ratée (dans la zone où ils sont censés ne jamais aller), ça va nulle part, ça sert à rien. Même la division au sein des Rockers entre ceux qui veulent éradiquer tout trafic de drogue de leur territoire et ceux qui veulent simplement éliminer les fournisseurs extérieurs pour reprendre ça à leur compte, au final ça n'est là que pour servir de prétexte au changement de camp d'un des personnages secondaires. Et l'intrigue principale n'est pas vraiment passionnante non plus, c'est une course-poursuite pas très bien racontée, avec des chasseurs semi-débiles qui déclarent dès le début "il faut surtout pas se séparer sinon ils nous aura un par un" puis immédiatement après se séparent et se font avoir un par un, et une proie dont on ne sait jamais si elle a progressé vers son but ou si elle tourne en rond. De temps en temps il y a une fusillade ou une explosion ou une bagarre dans laquelle Roddy Piper parvient à caser des prises de catch.
 


"Odine", qui débutait dans ce film mais a fait son trou à la télé depuis, est si théâtral par moments
que lui et ses plombages en arriveraient presque à voler la vedette à Roddy PIper.


Malgré ces reproches, j'ai pas passé un mauvais moment devant. Comme Epreuve mortelle, c'est bébête, ça ne vaut pas les films que ça essaie d'imiter, mais ça reste plutôt sympathique, marrant et pas trop mal foutu. Alors bien sûr si à la base vous n'êtes pas du genre à fouiller dans le bac à 1€, ça n'est pas un truc pour vous, mais si l'idée de vous replonger dans les années 90 avec une repompe à petit budget des Guerriers de la nuit ressemble pour vous à une façon acceptable d'occuper 1h25 par un après-midi d'ennui, ça peut valoir le coup d'essayer de mettre la main dessus.

 

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Jungle Ground (Jungleground, 1995), réalisé par Don Allan sur un scénario de Michael Stokes (Aigle de fer IV). Avec Roddy Piper (Invasion Los Angeles), JR Bourne (Teen Wolf), Peter Williams (Stargate SG-1), Torri Higginson (Stargate Atlantis), Rachel Wilson (Les Kennedy), Joel Gordon (Max Payne), Lexa Doig (Jason X).

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Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

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