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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 18:11

Je ne sais plus si je pense à mettre un film d'horreur fançais dans ma sélection annuelle d'octobre, mais tout n'est pas aussi nul que La Horde, alors ça vaut le coup de jeter un oeil de temps en temps sur ce qui se fait de notre côté de l'Atlantique dans ce domaine, même pour moi qui ne suis pas spécialement fan de ce que produit le cinéma français de nos jours.

Martyrs, c'est le 2ème film de Pascal Laugier après Saint Ange, qui lui a valu son entrée à Hollywood (où il a tourné le The Secret avec Jessica Biel, que j'ai trouvé plutôt réussi) puis plus rien du tout (il devait faire le remake d'Hellraiser mais c'est tombé à l'eau). Vous le devinez sans doute au titre et à la jaquette : c'est un film où on souffre beaucoup. Il y a quelque chose dans l'image d'une fille en marcel blanc tâché de sang, avec les cheveux collés par la sueur sur un visage sale et angoissé, qui te signale directement qu'ici, le danger n'est pas de crever, mais de survivre assez longtemps pour subir les pires sévices. C'est l'équivalent visuel d'un slogan sur le thème "les plus chanceux meurent les premiers". Ici on entre tout de suite dans le vif du sujet puisque ça démarre sur une gamine mutilée qui s'échappe du local sordide où elle a été séquestrée et torturée. Pendant sa convalescence, personne ne parvient à la faire parler de son calvaire, pas même la fillette qui se lie d'amitié avec elle. Pourtant, le souvenir de tout ça est toujours présent, sous la forme d'une mystérieuse créature qui hante ses cauchemars.

Je n'avais rien lu sur le film avant de le voir, et c'est tant mieux, une de ses principales forces étant sa capacité à surprendre en partant dans une nouvelle direction chaque fois qu'on pense avoir compris quel allait être le sujet réel de l'intrigue. Il s'aventure sur des terrains reconnaissables, évoque Oeil pour oeil, Funny Games, Hostel, The Woman, puis bifurque quand la situation devient trop familière. Il tue brutalement un personnage que tu pensais important pour la suite, il coupe court à un rebondissement pour le remplacer par un autre. Il commence par aborder des thèmes plutôt classiques, comme la vengeance et son échec à guérir les blessures, ou la survie comme source de culpabilité plutôt que de soulagement, puis t'avoue qu'il va finalement explorer quelque chose de plus singulier et tordu. Du coup, si vous êtes un tant soit peu intrigué par le peu que j'en ai dévoilé jusqu'ici pour envisager un visionnage, je vous conseille vraiment d'aller directement au dernier paragraphe de cette chronique. Pour ceux qui ont vraiment besoin d'en savoir plus pour se décider...
 


Tourné au Canada, le film est l'occasion de voir un futur réalisateur chouchou des critiques,
Xavier Dolan, dans un petit rôle.


...disons, toujours sans trop en révéler, que le reste de l'histoire se déroule 15 ans après l'intro, alors que Lucie, la jeune fille traumatisée, a identifié ses tortionnaires et se rend chez eux pour les tuer. Elle est bientôt rejointe par Anna, sa seule amie, qui va découvrir que ces braves gens n'ont pas changé de hobby et ont aménagé, dans leur sous-sol, un cachot où ils font subir des sévices abominables à une jeune femme. Et Anna va à son tour se retrouver prisonnière de bourreaux aux motivations métaphysiques, cobaye d'une expérience sur le martyre. Qu'y a-t-il au bout de la souffrance, quand le corps est encore à peine vivant et que l'esprit est obligé de se barrer avant la fin parce que c'est devenu insupportable ?
 


Chaque fois qu'on espère que le pire est passé, il se passe encore pire.


Il est sans doute inutile de préciser que c'est un film très dur, qu'on ne regarde pas pour s'amuser. Ici, pas de tortures invraisemblablement élaborées comme dans les Saw pour se rappeler que ça n'est qu'un film sur un guignol qui veut donner le goût de la vie à des gens qui ne lui ont rien demandé, pas l'humour noir d'un Eli Roth pour atténuer la violence. C'est 1h30 de gens qui meurent et de pauvres filles qui en prennent plein la gueule, sans répit, sans espoir. Du coup, la comparaison avec quelque chose comme Shuttle est tentante, mais Martyrs est beaucoup plus intriguant, original et audacieux. On n'a pas l'impression d'être devant l'oeuvre d'un sadique qui voulait juste te montrer à quel point la vie peut être merdique et la douleur infinie, même si dans le dernier acte il y a vraiment des moments où on se dit, pitié, faites que ça se termine. Et on continue, parce qu'on veut savoir où tout ça va mener. Si vous vous sentez prêt à encaisser un film dérangeant, que la censure allait interdire au moins de 18 ans avant que le réalisateur ne fasse appel, je vous le conseille, mais dans une soirée Halloween un peu goleri, ça pourrait casser l'ambiance.


 

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Martyrs (2008), écrit et réalisé par Pascal Laugier (The Secret). Avec Morjana Alaoui (Rock the Casbah), Mylène Jampanoï (Gainsbourg, vie héroïque), Patricia Tulasne (Laurence Anyways), Catherine Bégin (Laurence Anyways).

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commentaires

Rico Balboa 27/11/2015 15:51

Clair que la violence "crédible" d'une fille qui se fait froidement tabasser est pire que la violence "fantasmée" du film d'horreur traditionnel. Et c'est également vrai qu'arrivé à un certain point du film on peut abandonner tout espoir comme dans l'enfer de Dante. Le seul reproche que je fais à ce film c'est d'être 5/10 mn trop long. J'ai été déçu par la toute fin, j'aurai préféré qu'il s'arrête lorsque le fille murmure on ne sait quoi à l'oreille de Mademoiselle, plutôt qu'après la réunion de la fine équipe. Mais bon, c'est peut-être juste moi et ça reste suffisamment évasif pour passer quand même.

Rico Balboa 27/11/2015 02:50

EDIT : Pascal Laugier, connard de Rico.

Rico Balboa 27/11/2015 02:46

Ce putain de film m'a littéralement cassé la gueule et pourtant je suis pas un jouvenceau (bon d'accord, les femmes qui se font tabasser je supporte pas toujours très bien, mais quand même). J'en ai vraiment chié pour aller jusqu'au bout, d'autant que la deuxième moitié est encore pire que la première qui est déjà grâtinée. Mais ça vaut la peine. Vraiment. Rien que pour la famille trop proprette qui se fait démonter au fusil à pompe. Le meilleur film français que j'ai vu ces dix dernières années, rien que ça. Chapeau à Sylvain Laugier et méga "shwing" à Mylène Jampanoï.

Toxic 27/11/2015 11:03

La fille qui se fait passer à tabac, c'est beaucoup plus difficile à supporter que ce que j'appellerais de la "violence de film d'horreur"... La fille qui se coupe un bras au couteau électrique dans le remake d'Evil Dead par exemple, on va dire que théoriquement c'est plus atroce, mais c'est de la violence de film d'horreur donc ça passe mieux finalement.
Ce qui rend ça encore pire c'est aussi qu'arrivé à ce point-là du film, t'as compris qu'il y avait plus d'espoir, qu'il y aurait pas d'échappatoire ni de vengeance... L'idée qu'au moins un des personnages va réussir à se sauver, voire punir ses bourreaux, ça aide (dans les Hostel par exemple) alors que là, tu sais que ça n'arrivera pas.
Mais oui c'est très fort parce que tu passes la deuxième moitié du film à te dire "pitié, j'en peux plus, faites que ça se termine", et en même temps, t'es trop fasciné pour arrêter de regarder.

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Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

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