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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 14:21

Je m'y prends un peu tard pour faire une sélection de films de Noël cette année, mais bon, allez, tant pis, voilà le premier des films pour enfants en retard. Alors le mois dernier je m'étais farci la version Syfy Channel de La Belle et la Bête à cause des nénés d'Estella Warren, et ce mois-ci comme on ne se refait pas je me suis infligé la version de Christophe Gans à cause des nénés de la plus célèbre diplômée de l'école de la rue, Léa Seydoux. La précédente adaptation vous promettait "la véritable" histoire", du coup à la place celle-ci se targue d'être "plus fidèle au conte original". Du coup, après celle de l'an prochain, ça va devenir difficile de continuer à en justifier d'autres en piochant parmi les excuses habituelles, vu que Shrek et Once Upon a Time ont déjà un peu coupé l'herbe sous le pied d'un "univers cinématographique partagé" où le marquis de Carabas recruterait Peau d'Âne et le Petit Poucet pour affronter le Nain Jaune ou la Fée Carabosse.

Mais pour l'instant, on n'en est pas encore là, on est à La Belle et la Bête d'après Tim Burton, la version du réalisateur du Pacte des loups qui, conformément à la vision originale de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (ou Gabrielle-Suzanne de Villeneuve), fait la part belle aux effets spéciaux, attaques de brigands déguisés en méchants de westerns, et petites créatures rigolotes en images de synthèse conçues par le papa du Godzilla d'Emmerich. André Dussollier joue le marchand le plus bête du monde, puisque qu'il fait naviguer tous ses bateaux ensemble pour être sûr de perdre toute sa flotte d'un coup en cas de problème, qu'il a investi toutes ses liquidités dans une cargaison unique, et qu'il a oublié qu'au XVIIIème siècle l'assurance maritime ça existait déjà. Il se voit donc totalement ruiné après une nuit de tempête et contraint d'emménager avec sa famille dans une "modeste" chaumière qui ferait passer la baraque des Ingalls pour les bas-fonds de Gotham City. Sa fille Belle, qui est jolie et donc intelligente et douce et pure, se réjouit de mener enfin une vie simple d'humbles fermiers, mais ses autres filles apparemment handicapées mentales se désolent, et ses fils, qui ont tous des accents différents parce que c'est une coproduction européenne, se mettent à traîner avec des types peu recommandables (leur chef a des balafres et se tape une gitane, c'est vous dire).

Des bestioles pour amuser les tout-petits et prêtes à devenir des figurines Funko Pop,
exactement comme le voulaient des aristos morts il y a 300 ans.

Après une échauffourée avec les malandrins en question, Dussolier trouve refuge dans un château délabré où un hôte invisible a préparé un banquet comme s'il attendait 20 personnes plutôt que lui seul, et soigné son cheval. Il se goinfre, ramasse les coffres à trésor qui traînent et repart sans dire merci, une habitude qu'il a dû prendre en jouant à Zelda ou Final Fantasy. Sur le chemin du retour, il cueille une rose sans penser à mal, et là on le comprend vu que le film ne cherche pas du tout à établir qu'un buisson de ronces lugubre entre des ruines et une forêt, à la lisière d'une propriété aux limites floues, est en réalité la possession la plus sacrée du maître des lieux, et qu'il faut absolument sa permission pour se servir dessus alors que tout le reste est gratos. Dussolier est donc assailli par ce que le conte original, auquel le film est d'une fidélité garantie sous contrôle d'huissier, appelle "une bête si horrible, qu'il fut tout prêt de s'évanouir" et qui ressemble ici au Roi Lion avec la voix de Vincent Cassel. Le joli minet condamne Dussolier à mort mais l'autorise à aller annoncer la nouvelle à ses enfants, ce qui donne l'occasion à Belle de décider de se sacrifier à sa place. Evidemment la Bête ne va quand même pas buter une petite blonde à gros nichons et préfère lui offrir des robes bien décolletées à porter pour assister à ces buffets campagnards donc il a le secret.

Pas folle la Bête : si la Belle est du genre à manger salement,
avec une surface de robe réduite y a moins de risques de faire des taches !

Belle comprend instantanément que sous ses airs un peu secs, le monsieur à tête de peluche est en réalité un homme bon et généreux, mais comme il faut bien arriver jusqu'à 1h40, elle explore les environs et découvre de grands vagins lumineux (parce que Christophe Gans a lu quelque part que le symbolisme sexuel c'était important dans les contes de fées) qui diffusent des flash-backs qui permettent de comprendre comment le Prince Cassel a été condamné à devenir un personnage de dessin animé, comment ses chiens de chasse son devenus des produits dérivés potentiels, et comment les habitants de son royaume qui avaient un rôle parlant ont été changés en deus ex machina de dernier chapitre pendant que les simples figurants ont disparu. Confortée par le récit de cette tragédie dans son idée que la bébête est décidément un garçon formidable, probablement parce qu'elle a été distraite pendant les passages qui montrent que c'est parce qu'il était égoïste et indifférent aux supplications de sa femme qu'il s'est fait maudire comme ça, Belle continue de partager avec lui des conversations de type "je ne suis qu'un horrible monstre, personne ne peut m'aimer" "mais si" "mais non" "mais si" jusqu'à ce qu'il soit enfin l'heure pour tout le monde d'être beau, riche et heureux avant le générique chanté par un ancien gagnant de The Voice conformément aux souhaits de Gabrielle-Suzanne de VIlleneuve (ou Jeanne-Marie Leprince de Beaumont) (ou Giovanni Francesco Straparola).

Peu importe qu'au final le symbole ne signifie rien et que le film n'ait rien à dire,
tant que tu mets un truc vaguement sexuel ça fait tout de suite cinéma d'auteur !

Le problème quand on fait un film qui coûte des dizaines de millions, c'est qu'il faut essayer de contenter trop de gens pour ramasser de quoi le rembourser. Alors, soit on fait un film tellement génial que tout le monde aura naturellement envie d'aller le voir, soit on assemble des éléments censés faire plaisir, les uns aux grands, les autres aux petits, d'autres aux moyens, des éléments qui font plaisir aux filles, d'autres aux garçons, et puis aux différents marchés européens, au public qui veut du cinéma "à l'américaine" qui "t'en met plein la vue", à celui qui veut du cinéma populaire Label Qualité France™, des éléments qui imbriqués n'importe comment forment un gros conglomérat de n'importe quoi complètement indigeste. On a un peu l'impression que, comme tout le monde connaît déjà l'histoire, le film ne cherche pas vraiment à la raconter, juste à l'illustrer par une série de vignettes sorties d'un ordinateur. Tu sais déjà que la Belle va tomber amoureuse de la Bête alors pourquoi se faire chier à vraiment essayer de dépeindre des personnages et une relation qui évoluent ? Regarde, voilà une belle scène de bal, voilà une scène pour avoir peur, voilà une scène de mystère, et peu importe que parfois ça se répète, tourne en rond, ou semble s'enchaîner dans le désordre.

Il y a des femmes à poil pour faire plaisir aux papas, mais elles sont pudiques jusque dans la mort.
(et je ne dévoile rien que la bande annonce ne dévoile pas elle-même donc commencez pas à chialer)

Pour un adulte normal comme vous et moi, je dirais que c'est mi-amusant pour le côté nanar, mi-gavant. Après, je peux comprendre que les petits enfants amateurs d'histoires de princesses et de magie s'en contenteront parce qu'ils trouveront ça joli comme une publicité pour des chocolats de Noël ou du parfum. Et je suppose même que certaines grandes personnes se réjouiront par fierté de voir qu'en France aussi on a un réalisateur qui peut faire de grosses croûtes d'heroic fantasy inintéressantes et clinquantes comme Le Hobbit. Mais vous et moi on vaut mieux que ça n'est-ce pas ?

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commentaires

Superjer 11/01/2017 02:53

Ouaiiiiis, ça faisait un petit bout de temps que je voulais mettre un commentaire cynique sous ton post de l'année dernière (enfin, un an et demi, bonne année au fait ;) ) pour te faire un peu réagir et à force d'oublier/de procrastiner, j'avais pas vu que tu avais repris, c'est cool ! Tu t'es remis de tes soucis de santé j'espère ?

Si jamais tu cherches une version bien chouettos de la B&B, qui a pas inventé l'eau chaude mais avec une esthétique singulière vraiment plaisante, je te recommande la version tchécoslovaque (Panna a netvor) de Juraj Herz (dont l'autre film que j'ai vu, l'Incinérateur de cadavres et aussi une tuerie). Bon après, tu as peut-être plus trop envie de te taper une autre variation du conte, mais pense au charisme que tu acquière en soirée quand tu commences à parler de la nouvelle vague tchécoslovaque (ou serait-ce de la pédanterie ? J'ai tendance à confondre les deux)...


Sinon, je profite qu'on soit encore dans la période de Noel, est-ce avec toi que j'avais discuté d'Emmett Otter's Jug Band CHristmas ? Si, comme je le pense, c'est le cas, je l'ai vu le mois dernier avec ma copine (il faut trouver un partenaire qui partage nos vices dans la vie, sinon, ça pose problème) et c'est assez anecdotique, mais suffisamment agréable pour être plaisant à regarder quand on aime bien (ou adore, comme moi) les Muppets.

Voilà, bisous !

Toxic 11/01/2017 17:37

Bonne année ouèche.
La nouvelle vague tchécoslovaque je connais pas trop, j'ai vu les mêmes Milos Forman-période américaine que tout le monde, c'est tout. Mais bon le film est sur Youtube donc je jetterai un oeil merci !
Pour Emmet Otter il me semble que c'est moi qui t'en avais parlé à l'époque où j'avais un compte senscritique, avec ma femme on se le regarde tous les ans au moment de Noël, pour moi c'est vraiment parfait dans son genre, les chansons sont bien, y a des bons sentiments sans être gnangnan et tout en osant aborder des sujets tristes, et puis c'est court donc pas le temps de s'ennuyer.

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Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

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