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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 12:43

Away We GoVous savez, même si des fois j'aime me tourner vers des films sortant des sentiers battus comme une couillonnade à deux euros avec Lou Ferrigno ou un western avec des nains ou un film de karaté philippin avec des nichons, dans l'ensemble je ne suis pas un type avec des goûts très originaux. Par exemple, American Beauty quand c'est sorti, comme tout le monde j'ai trouvé ça génial. Par la suite je crois que j'ai pris conscience du fait qu'il valait peut-être mieux pas que je le revoie, vu que bon, hein ? La célébration de la beauté des sacs plastiques qui volent au vent et du choix de vie absurde d'un bourgeois qui décide que redémarrer son adolescence est une façon plus saine de régler sa crise de la quarantaine que de simplement divorcer, ça ne survit pas forcément à un second visionnage. Du coup j'ai un peu évité la filmo de Mendes, mais comme dans son dernier en date il y a Jim de The Office (et la nana qui jouait la pute dans Planet Stupid aussi) et que le DVD est à 10€, je me suis dit, "tiens il est rigolo Jim de The Office(et la nana qui jouait la pute dans Planet Stupid aussi), je vais tenter le coup, pour 10€..."

Away We Go, c'est l'histoire d'un couple de trentenaires dont la femme est enceinte. Ils habitent une baraque pourrie, et les parents du mec, qui étaient la seule chose à les retenir dans le coin, leur annoncent qu'ils quittent le pays sans leur léguer leur maison. Ils décident donc qu'ils sont libres de partir élever leur future fille n'importe où ailleurs, et commencent donc un périple qui les mènera en Arizona, dans le Wisconsin, au Canada et en Floride, à la recherche de l'endroit parfait pour installer leur famille. Chaque arrêt est l'occasion de rencontrer d'autres couples et ainsi de se confronter aux différentes façons dont les gens de leur entourage ont fait leur vie...


Away We Go 09Au vu des couleurs et de leur posture on jurerait qu'ils s'apprêtent à embarquer
à bord du Darjeeling Limited...


Le film parvient à agacer dès sa toute première scène, donnant immédiatement le ton, insupportable, de l'heure et demie à suivre. Jim, qui porte ici le nom impossible de Burt Farlander comme si on était dans une comédie avec Ben Stiller, est occupé à recoiffer la craquette de sa copine avec la langue quand soudain, il s'aperçoit qu'elle a changé de goût, signe qu'elle a un polichinelle dans le tiroir. C'est sans doute un écho à la scène d'American Beauty où le personnage de Kevin Spacey annonce que le meilleur moment de son quotidien de merde c'est quand il se lustre la nouille sous la douche. On sent que le but c'est de dire "t'as vu, j'ai pas peur de parler de cul, je sais que c'est une composante naturelle de la vie de couple, mais pas forcément besoin de tomber dans le graveleux, regarde comme j'en fais un beau moment de tendre complicité rigolote". Alors évidemment dans la vraie vie personne n'aurait une conversation pareille, ce qui est déjà un peu agaçant, mais en plus comme ça reste un film hollywoodien, tout ça se fait caché sous les couvertures et tout habillé, ce qui fait un peu double foutage de gueule du coup. Je demande pas du hardcore hein, juste un peu moins d'hypocrisie. Si tu vas chercher un prétexte tiré par les cheveux pour mettre une scène de bouffage de moule dans ton film, au moins tu vires le drap. Et si tes acteurs sont frileux, tu vires la scène et tu racontes la même chose autrement.


Away We Go 07Et en plus, il demande "tu le savais ?". Elle va répondre quoi ?
"Oui, je suis hyper souple" ?


Quant à la suite... Je ne sais pas si vous connaissez le site qui s'appelle "Stuff White People Like", c'est-à-dire "Les Trucs qui plaisent aux Blancs". C'est un blog qui, par le biais d'une liste censée constituer un guide pratique pour devenir ami avec des Blancs, se moque gentiment de "la culture blanche", soit en gros ce qu'on appellerait en France "les bobos". Away We Go, ça pourrait être Stuff White People Like: The Movie, le côté satirique en moins. Une célébration de ce mode de vie, destinée à des gens qui l'ont eux-mêmes adopté et se reconnaitront avec ravissement dans ce couple. On peut s'amuser à cocher un par un les éléments de la liste illustrés par le film sans la moindre trace d'autodérision : c'est signé par Dave Eggers, scénariste de l'adaptation ciné de Max et les Maximonstres ; ça veut clairement être "le nouveau Juno" en lorgnant aussi du côté de Wes Anderson ; la musique est le genre de machin innoffensif qu'on classera en "indé" ; nos héros s'habillent vintage ; Jim (qui se met en short au premier rayon de soleil) veut que sa fille ait "une enfance à la Huckleberry Finn" ; il se fâche avec ses parents ; quand ils vont à Montréal, tout est si idyllique là-bas qu'ils se disent qu'ils pourraient bien déménager au Canada ; ils y rencontrent des amis qui ont de merveilleux enfants surdoués de toutes les couleurs et vont dans un club écouter du jazz : ils finissent par découvrir que la vie idéale, c'est dans une maison au bord de l'eau qu'il faudra retaper...

 

Away We Go 08Le cinéma d'auteur ne le dira jamais assez : c'est pas facile d'être blanc et riche à notre époque.

Du coup ça pourrait être drôle. Un peu comme Une Nuit à New York ou (500) jours ensemble, ça sent tellement le produit factice, calibré pour surfer sur la mode de la gentille comédie dramatique vaguement auteurisante à la Little Miss Sunshine, que Focus Features pourrait passer pour la version Sundance de The Asylum avec ça. On se croirait presque devant un nanar bobo, en quelque sorte. Malheureusement, Away We Go est d'un ridicule plus exaspérant que réellement comique. Rien ne sonne juste, les deux personnages principaux ont autant de relief que ceux de Twilight comme ça le public visé est sûr de pouvoir s'identifier, et autour d'eux presque tout le monde est une caricature grossière juste là pour prouver qu'en comparaison, Jim et sa meuf sont vraiment super. Même quand ils se retrouvent face à des gens pas trop antipathiques, on nous fait quand même comprendre qu'ils valent mieux qu'eux aussi : la belle-soeur de Jim est frustrée parce que son mec n'est pas aussi bien que Jim, le couple quasi-parfait installé au Canada est au fond malheureux car ils ont adopté au lieu de faire des enfants eux-mêmes...


Away We Go 02Evidemment, le mari du couple beauf est un moustachu réac à casquette.
On s'étonne presque qu'il ne fasse pas une blague raciste sur Obama
ou une remarque homophobe histoire d'enfoncer le clou.


Avec tout ça, je crois qu'il y a une séquence sur laquelle les auteurs ont eu vraiment peur que le public se méprenne, celle où nos tourtereaux voyageurs croisent un couple à la "bobo attitude" encore plus prononcée que la leur. La femme (qui a accolé deux noms de famille) les salue en népalais, ils ne veulent pas de poussette pour leur bébé parce que pousser l'enfant loin de ses parents c'est lui montrer qu'on ne l'aime pas, toute la famille partage le même lit parce que cacher sa sexualité à ses gosses ça leur donne l'impression que c'est une chose sale et honteuse au lieu d'être belle et naturelle (et l'occasion d'économiser un test de grossesse en dégustant la babasse de sa greluche, apparemment). Du coup c'est vrai qu'il y avait un risque pour que le spectateur les voit comme le vrai couple idéal du film, encore plus parfait que Jim et sa copine. Alors qu'en fait non, ils illustrent un précepte souvent répété par le créateur de "Stuff White People Like" : le Blanc aime la compagnie de ses semblables, certes, mais attention faut pas chercher à le surpasser sur son propre terrain ou c'est l'incident diplomatique. Il appréciera que vous soyez aussi bobo que lui mais pas plus. Eggers et Mendes visent le bobo moyen : le bobo d'élite est donc l'Ennemi. Alors pour que le message passe bien, ils font carrément dire à Jim "Vous êtes des monstres !" histoire de dissiper les doutes.


Away We Go 10Pourquoi faire subtil quand on peut faire dire aux personnages
exactement ce que le spectateur est censé penser ?


C'est donc un film nombriliste et creux sur des gens qui le sont tout autant, qui n'ont pas de vrai problème dans la vie et s'en inventent un qui ne sert au final qu'à prouver qu'ils n'ont décidément aucun problème dans la vie. Tiens et si pendant que les honnêtes gens travaillent pour payer leur loyer, on partait faire un grand voyage avant d'emménager dans une maison dont on est propriétaires depuis le début du film mais dont on a oublié de vous parler pour garder le suspense ? Tout ça pour se prouver qu'on est décidément des gens formidables et merveilleux et uniques dans un monde rempli de personnages stéréotypés et pas crédible ? Oui, oui, très bonne idée. Partez vite, revenez tard, mais faites ça sans moi merci.

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Published by Toxic - dans Divers
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Emzy 05/06/2011 17:11



P'tain ça a l'air bien.



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Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

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