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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 08:47

Never Say NeverNon, s'il vous plaît, ne faites pas les surpris. Vous saviez bien que ça arriverait. Vous saviez bien que la curiosité serait trop forte. Vous saviez bien que j'aurais la prétention de croire que je pourrais être le premier à essayer de donner un avis sur le film autre que "Justin Bieber c'est de la merde donc le film est pourri", "Justin Bieber il est trop génial et son film c'est le meilleur du monde" ou "Tiens c'est rigolo de se moquer de Justin Bieber, ce que je vais faire c'est une critique qui fera semblant de dire que le film est bien, mais pour blaguer." Et commencez pas à vous foutre de ma gueule, c'est déjà assez embarrassant comme ça, pour un homme adulte, de se dire qu'on a délibérément choisi d'acheter, payer, posséder un DVD sur Justin Bieber Surtout la "version longue inédite" avec 40mn de bonus.

Bon, si ça vous dérange pas, je saute l'étape des vannes (que vous avez déjà lues mille fois de toutes façons) sur le personnage central, son physique, sa coiffure et sa musique, pour m'attaquer au film directement. Signé par le réalisateur du deuxième GI Joe qui sort au mois de mars, il retrace la courte carrière du jeune chanteur canadien à l'occasion de son concert dans l'une des plus célèbres salles du monde, le Madison Square Garden, qui officialisait son statut d'énorme vedette du showbiz. Vidéos familiales, interviews, témoignages, rencontres avec les fans, coulisses des spectacles, tous les passages obligés sont là, on ne peut pas dire que ça réinvente le genre "documentaire sur une star", et ça a clairement une fonction de produit dérivé, pas de regard objectif sur un phénomène : le but est de faire la publicité du produit auprès des non-fans, tout en continuant à en vendre encore plus à ses admiratrices, pas de polémiquer. Cela dit, bien que ça présente l'ensemble du monde dans lequel évolue ce gosse comme un merveilleux rêve en train de se réaliser et de semer du bonheur partout, certains aspects sont plutôt effarants voire effrayants pour un spectateur normal, ce qui du coup en fait presque quand même un regard honnête sur les choses.


Never Say Never 01Si vous êtes prêts à encaisser beaucoup de scènes d'un boys band qui danse...
Never Say Never 01b...et d'enfants tout émus qui à huit ans trouvent que leur idole est "sexy",
vous verrez que le film n'est pas aussi inintéressant qu'il en a l'air.


Le décompte des jours menant au spectacle au Garden sert de prétexte à diviser le film en chapitres qui, plutôt que de suivre le quotidien de la tournée, explorent chaque fois une facette de Bieber et de ce qui gravite autour de lui. Il y a une partie sur son enfance, pour montrer que malgré ses airs de petit bourgeois propre sur lui il vient d'un milieu pas facile, et que c'est un vrai musicien à la base et pas un minet qui fait du playback. Il y a une partie sur sa découverte par un agent et leurs difficultés à convaincre une maison de disques, pour montrer que tout le monde était contre lui mais qu'il a triomphé quand même. Une autre sur la présentation de son équipe, pour qu'on voit à quel point c'est une grande famille où tout le monde s'adore. Une autre pour montrer que c'est encore un gentil gamin qui aime s'éclater avec ses vieux potes parce qu'il n'a pas pris la grosse tête, une autre où l'on voit son agent distribuer des places gratuites pour qu'on sache à quel point il est généreux et rend de pauvres gens heureux, une autre où il est malade parce que c'est un travail éprouvant d'être chanteur vedette, etc. On est à fond dans la propagande, mais mine de rien, derrière la façade ça n'arrive pas à masquer le côté obscur de tout ça. Et c'est évidemment là que se nichera l'intérêt pour quelqu'un qui s'en bat les steaks de Justin Bieber.


Never Say Never 02Comme tout est beau dans le monde de Justin Bieber, il n'y a pas de méchant,
mais voilà à quoi ressemble dans la vraie vie le genre de personnage
joué par David Cross dans Alvin et les Chipmunks .


Déjà, il y a des vrais personnages de cinéma, là-dedans. La mère par exemple, qui a pondu la future star à 18 ans et parle toujours avec une voix d'ado idiote, c'est typiquement la nouvelle riche de comédie, la fille vulgaire qui s'est payé des implants énormes et un relookage extrême pour avoir l'air d'une vedette de soap opera avec des millions qui lui sont tombés du ciel mais a toujours la classe d'une poissonnière. Le chef de la tournée, qui se présente comme une espèce de grand frère/figure paternelle, c'est l'archétype du producteur hollywoodien véreux cocaïnomane hyperactif qui te fait de grands sourires en face mais ne restera ton meilleur copain que tant que tu lui rapporteras un max de fric ; on l'imagine facilement en bras droit de Les Grossman dans Tonnerre sous les Tropiques. On regrette presque qu'ils soient sous-exploités.


Never Say Never 03Le vilain gratteux à borsalino a quant à lui tout du trentenaire pervers
qui drague les adolescentes à qui il donne des leçons de guitare.

 

Les autres sont plus banals mais pas plus reluisants. L'agent de Bieber, qui se fait appeler "Scooter" alors que c'est une grande personne, est visiblement très fier d'avoir flairé que le produit qu'il avait déniché se vendrait très bien, et il y a quelque chose dans sa façon d'expliquer que "personne ne croyait en nous alors qu'il avait plein de vues sur YouTube" et pas "personne ne croyait en nous alors que c'est un artiste talentueux" qui en dit long sur l'intérêt qu'il porte à la qualité de ce qu'il vend. Les gens de la maison de disques (dont le chanteur Usher) ne semblent pas non plus chercher à cacher qu'ils n'ont rien à foutre de ce que fait leur poulain tant qu'il ramène du fric. Ils sont présents pour le grand concert, comme des macs venus vérifier que leur pute ne cherche pas à les entuber, mais ils n'y assisent pas, ils sont dans les coulisses, dans un genre de salle d'attente sans écran ni haut-parleur, à attendre que ça se termine. Quelques scènes plus tôt, on les voyait bien embarrassés quand ils apprenaient que leur petit singe savant était malade et qu'il valait mieux reporter un concert pour ne pas aggraver son état, mais pas comme des mecs qui s'inquiètent pour un enfant malade, comme des hommes d'affaires qui doivent évaluer ce qui leur coûtera plus cher, annuler une date ou risquer leur poule aux oeufs d'or.


Never Say Never 04Si Booba et Sexion d'Assaut ne vous ont pas encore convaincus
que le rap était devenu une musique pour petits enfants blancs qui rêvent d'être des bandits,

sachez que Justin Bieber, le "gangsta" le plus blanc de la Terre, est produit par le label Def Jam.


Vous vous souvenez de La Chute, le film sur Hitler ? La formule "ça humanise le monstre", répétée à l'envi par tous les abrutis à l'époque, pourrait s'appliquer ici. Pour les gens qui conchient Bieber, Never Say Never est un rappel du fait que, derrière le symbole d'une industrie pourrie et d'une société décadente, derrière le frimeur à mèche qui chante des trucs insipides pour fillettes, il y a un petit garçon qui à la base aimait réellement la musique, il y a un mec qui dès 14 ans a perdu toute chance de mener un jour une vie normale et qui en est réduit à payer ses anciens potes de l'école (eux-mêmes devenus des simili-vedettes simplement parce qu'ils font partie de son entourage) pour passer du temps avec eux, parce qu'il est devenu la marionnette d'un gang de costards-cravates qui l'exploitent sans vergogne, et qu'il restera un sujet de moqueries voire de haine pour des millions de gens longtemps après que les gamines qui l'adulent aujourd'hui seront passées à autre chose. Le film n'en fait pas délibérément une figure tragique, mais expose involontairement la face cachée de toute cette réussite et tout ce bonheur affichés.


Never Say Never 05Parmi les moments les plus "incroyables mais vrais" du film : la magie de Facebook
les ayant rendus célèbres, les anciens copains de classe de Bieber ont leurs propres groupies hystériques.


Après je ne dis pas que Bieber apparaît cool pour autant, ce qu'on peut détester chez lui est bien visible dans le film. C'est un petit Blanc qui se prend pour un rappeur tout en chantant un mélange mielleux de pop et de arènebi (désolé je me refuse à associer les initiales du rythme et du blues à ce style musical), un millionnaire qui se déplace partout en Segway et essaie de s'acheter une crédibilité artistique en payant des gens comme les Boyz II Men ou Ludacris pour venir chanter pour lui, un ex-batteur qui a renoncé au rock et à la place fait semblant de jouer du piano parce que ça fait romantique. Il contribue à l'entreprise de "célébrisation" des jeunes enfants de Will Smith nonobstant leur absence totale de talent (la chanson de Willow, utilisée pour sonoriser une séquence, est une pure abomination, et Jaden ne semble exister que pour que Bieber ait l'air d'un vrai petit prince du hip-hop en comparaison). Sans être complètement dépourvu de la moindre compétence artistique (il chante juste, il a la voix qui porte, il danse correctement) il n'a pas un talent, une créativité, une originalité qui justifient un tel succès. Never Say Never ne risque donc pas vraiment de convertir les non-fans à la Biebermania.


Never Say Never 06Le petit Smith a toute la "coolitude" de Fabrice Luchini quand il rappe sur La Fontaine
pour faire croire que la littérature française du XVIIème c'est super moderne et pas ringard,
c'est dire s'il ferait passer Benny B pour le Wu-Tang Clan.


Juger la qualité d'un documentaire en fonction de l'affinité qu'on a avec son sujet est un peu absurde, et il me paraît donc idiot de descendre le film simplement parce que son protagoniste est un bon sujet de moquerie. Surtout qu'en DVD on peut facilement zapper les chansons. Cela dit, je ne vais pas pour autant affirmer que Never Say Never est un excellent documentaire. Ca reste un film publicitaire, les fans boiront ça comme du petit lait mais les autres seront frustrés que ça ne tente absolument pas de répondre à certaines questions comme "est-ce qu'à 30 ans il sera has been et lessivé comme Britney Spears ou est-ce qu'une reconversion lui amènera une certaine respectabilité comme Justin Timberlake ?", ou "est-ce qu'il ne va pas se consumer encore plus vite qu'Amy Winehouse ?" ou même simplement "mais pourquoi ça marche aussi fort, pourquoi lui et pas un autre ?" Tout ce que le film a à dire sur ce dernier point, c'est que Justin Bieber est une mégastar parce que 1) c'était son destin bien sûr, et 2) s'il a tellement de vues sur YouTube et d'abonnés sur Twitter c'est qu'il est le meilleur. Les autres questions sont balayées par "Scooter" qui affirme que son prodige n'arrêtera jamais de briller (mais sans vraiment pouvoir étayer cette théorie par de vrais arguments). C'est dommage, mais j'avoue, malgré ça, ce monde est suffisamment hallucinant pour intéresser tout de même un amateur de bizarreries. C'est pas un vrai bon documentaire, mais si vous êtes du genre à ne pas pouvoir vous empêcher de regarder quand un accident grave se produit, vous serez sûrement curieux de jeter un oeil dessus.

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Published by Toxic - dans Divers
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Superjé 20/08/2013 00:27


Ah ben merde alors, tu as une vision plus implicite que moi.


 


Non, pour le coup, c'était du téléchargement. Je croule pas sous l'argent, je préfère filer mon fric à de vrais artistes moi, genre Charles Band.

Superjé 20/08/2013 00:04


Elle dure combien de temps ta version ?... Parce que la mienne dure 1H45 déjà et j'ai l'impression, en lisant ta critique, que t'as vu beaucoup plus de scènes interessantes que moi. Ou alors,
j'ai (eu) une vision bie plus premier degré que toi.

Toxic 20/08/2013 00:11



Je me rappelle plus mais la version longue est pas très très longue, donc c'est probablement celle que t'as vue aussi.
Si tu l'as vue en DVD, c'est celle qui est vendue sous la jaquette que j'ai mise en illustration (d'ailleurs à vrai dire je suis pas sûr que la version ciné soit dispo en DVD).



Superjé 27/01/2013 00:05


Raah non, je ne l'ai pas encore vu... Par contre, à la place, j'ai vu "Lemmy" ce soir, qui doit être la version trash de Never Say Never.


 


Sinon, j'ai pas vu le film d'Hannah Montana, mais je suppose que ça doit se regarder facilement, comme se regarde très facilement les High School Musical (ouais, j'ai pas honte de le dire).

Superjé 23/01/2013 22:11


Wow mec !!! On est des âmes soeur... Ce film m'attend chez moi (oui, je ne l'ai pas regardé encore) pour les mêmes raisons :) !


Tu crois qu'il faut faire soigner ce genre de comportement ?


Sinon, une fois n'est pas coutume, la critique est très interessante (en plus elle permet de pas mal cerner tes goûts musicaux... t'en remets une couche au niveau 'rap= musique pour enfants',
j'ai pas encore trop saisi pourquoi, mais c'est rigolo)...


Enfin bref, je suis peut-être le seul, mais je suis client de ce genre de billet (pour les mêmes raisons, j'ai le remake 'ricain de LOL avec Miley Cirus, si jamais il te vient l'idée de l'acheter
et le chroniquer...)

Toxic 26/01/2013 21:29



Alors ça y est tu l'as vu ? Le nouveau Noz près de chez toi le soldait à 1€ ?
Miley Cyrus, j'avais tenté Hannah Montana : le film pour goleri, mais ça m'avait vite gavé et j'ai abandonné en cours de route.



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Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

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