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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 07:30

Le BaltringueY a des gens qui peuvent pas s'empêcher de regarder le massacre quand leur route croise celle d'un accident de bagnole. Moi c'est les accidents cinématographiques qui me fascinent, mais dans le fond l'attrait est le même. On sait que ça va être atroce, mais justement il faut absolument qu'on regarde pour savoir à quel point. Je parle pas des mauvais films que j'achète en espérant que ce soit drôle, là je parle de trucs que Nanarland a d'ores et déjà refusé d'adouber comme nanars. Comme Le Baltringue par exemple, le film de Lagaf'. Enfin "de" Lagaf', relativisons : à la différence de Bigard, Patrick Sébastien ou Baffie, Lagaf' se contente d'être acteur de son film. Son scénario d'origine a été retouché par les auteurs de Banlieue 13 et Skate or Die, la caméra a été confiée au réalisateur de Gomez vs Tavarès, et il partage l'affiche avec un second rôle de Caméra Café. On en viendrait presque à avoir de la peine pour lui face au manque de confiance flagrant de ses producteurs, et à regretter de ne jamais savoir ce qu'aurait donné le VRAI "film de Lagaf'", celui dont il subsiste une vingtaine de minutes au début du Baltringue parce que ses "réécriveurs" avaient la flemme de repartir de zéro.

On aurait pu rêver d'une adaptation du jeu vidéo Les Aventures de Moktar, lui-même tiré de la chanson à sucès La Zoubida, et si ce que je viens d'écrire vous évoque quelque chose, félicitations, nous avons probablement grandi à la même époque vous et moi. Mais il faudra se contenter d'une espèce de simili-bessonnade à petit budget se voulant l'héritière de comédies comme La Chèvre ou Opération Corned Beef. Vincent Lagaf' y campe un animateur télé insupportable, Monsieur Guy, dont la route croise celle de Sam, agent secret sous couverture. Guy surprend accidentellement Sam en plein "travail" et l'as de l'espionnage se voit donc contraint de traîner la star du télé-achat comme un boulet dans une mission visant à récupérer une arme secrète lors d'une transaction entre terroristes. Evidemment, Guy commence par enchaîner les bourdes mais finit par se révéler un allié précieux.


Le Baltringue 12Le fait que Bernard Farcy soit joué par Jean-Luc Couchard
est un bon indice des limites du budget du film.


Le plus intéressant dans Le Baltringue, c'est d'essayer de reconstituer le film qu'il aurait dû être avant que Bibi Naceri, Fred B et Chris Nahon ne mettent les doigts dedans et en fassent cette espèce de machin absurde qui semble oublier en cours de route comment il avait commencé. On devine une sorte de comédie romantique où un has been imbuvable se rachète une virginité morale en devenant le pygmalion d'une pôv'fille à la voix d'or. Il reste des bribes de ça diluées dans le reste ; le personnage principal a été remanié, l'intrigue a été réécrite, mais tout ça a été fait si paresseusement et maladroitement qu'on voit encore nettement les cicatrices.


Le Baltringue 01Attention, tour de magie, à 22mn41s, Sam et Lola sont en rade
de bagnole pour rentrer à Rouen...
Le Baltringue 02...et à 22mn45s, le temps que Guy récupère sa caisse, Lola n'existe plus.


La plus évidente, c'est quand Monsieur Guy annonce à Sam et sa nièce Lola qu'il va les raccompagner chez eux en voiture alors que Lola sort juste d'un casting raté pour une émission style Nouvelle Star... et au plan suivant, Lola s'est volatilisée et Guy ne raccompagne que Sam. Alors quoi, non seulement elle a foiré son audition mais en plus elle doit se taper Paris-Rouen à pinces sans même un "au revoir" ? Et tout ça alors que tout le début du film a pour trame "Guy, animateur à deux doigts du placard, veut prendre sous son aile une jeune chanteuse en laquelle il est seul à croire" ? Le personnage revient pour le dernier acte mais il ne sera plus du tout question de ses ambitions musicales, et ce alors même que le scénario fournissait, involontairement j'imagine, l'occasion d'y revenir et d'y apporter une happy end. Bravo les gars, ça c'est du travail de scénaristes professionnels.


Le Baltringue 07Par contre on peut les féliciter pour avoir réussi à inclure l'indispensable saveur
wesh-cousin factice des productions Europa Corp pour djeunz.


Dans le même genre, le personnage de Lagaf' apparaît assez fluctuant ; au départ on le voit comme un type arrogant, à qui son succès passé a donné la grosse tête alors qu'il est devenu ringard (son émission de télé-achat est nulle, il n'y a que des petites vieilles pour lui réclamer des autographes, ses idées de nouvelles émissions sont impitoyablement rejetées). Typiquement le genre de rôle que Lagaf' aurait pu écrire pour lui-même au sortir de l'arrêt de son Bigdil et du bide de son émission suivante, pour dire "voyez, je ne suis pas que le guignol qui chantait Bo le Lavabo, je peux être lucide sur moi-même, je sais que j'ai l'air lessivé mais je peux rebondir". Ou alors je suis complètement à côté de la plaque et j'imagine Lagaf' plus intelligent et humble qu'il n'est, je sais pas, mais ça ressemble bien à "je joue une version exagérée de moi-même, et tout comme mon personnage trouve la rédemption en mettant son ego de côté et en tendant la main à une jeune chanteuse en galère, je la trouve en devenant un auteur/acteur sérieux".


Le Baltringue 11Guy démarre en gros con qui se la pète et tripote les secrétaires pour s'amuser,
puis se métamorphose d'un seul coup en gentil nigaud maladroit.


Bref, on saura jamais, Lagaf' ayant par la suite promu le film avec un discours convenu sur l'air de "je voulais juste faire marrer les gens". Enfin tout ça pour dire que cette version de Monsieur Guy disparaît à peu près en même temps que Lola de toutes façons, pour devenir une espèce de grand enfant survolté, pénible par son enthousiasme constant et ses gaffes mais quand même censé être sympathique. Mais la schizophrénie du film ressurgit dans une scène où Guy se débarrasse solennellement sa moumoute, scène qui aurait eu un sens avec la première version du personnage (genre "allez, j'arrête d'être superficiel et ridicule, je m'assume comme chauve") mais qui là ne sert qu'à nous faire comprendre que ça y est, Guy va devenir un vrai homme d'action cool (avec imitation de Vincent Cassel dans La Haine imitant De Niro dans Taxi Driver en prime) tout en accomplissant finalement l'inverse (puisqu'au fond, il ne fait que remplacer l'accessoire de substitution à sa virilité défaillante, un flingue contre une perruque).


Le Baltringue 04Je propose que maintenant on interdise de refaire des parodies/hommages
à "C'est à moi qu'tu parles ?" jusqu'en 2076.


Hé, t'en connais beaucoup des blogs où un personnage joué par Vincent Lagaf' dans un film universellement honni a droit à deux paragraphes d'analyse, toi ? Tu vois, c'est pour des petits trucs comme ça que t'es content de lire le mien, et que tu vas continuer à le faire et à le recommander à tes potes. Ici le film de Lagaf' a droit d'être traité comme un vrai film, c'est pas "tiens je vais être le trouzmillième type à dire du mal du Baltringue après l'avoir regardé que d'un oeil parce que Lagaf' il est nul, comment on va se marrer". Ici on regarde Le Baltringue pour de vrai ! Alors après, faut être honnête, ça reste un film pourri. Parce qu'en dehors de sa réécriture à la hache, c'est une bête comédie d'action qui n'est ni drôle ni spectaculaire, et même si je suis persuadé que Benoît Poelvoorde, Kad Merad ou José Garcia en ont fait des pareilles sans se faire insulter autant, ça n'est quand même pas très glorieux.


Le Baltringue 10Même Ken Samuels, rigolo dans le deuxième OSS 117,
ne parvient pas à donner la moindre saveur à son rôle.


La majorité des gags provient de l'interaction entre Sam et Guy, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils ne feront pas oublier des tandems comme Depardieu/Pierre Richard ou même Reno/Clavier. Leurs répliques tombent à plat, Philippe Cura n'ayant à peu près que des variations autour de "ta gueule !" et Lagaf' ne parvenant à caser dans son verbiage incessant que de très rares vannes. Vous avez probablement lu ailleurs "Plus concentré qu'moi, y a qu'le lait !" et "T'as grillé ma couverture... -Qué, couverture ? Ben tu sais quoi, t'as qu'à prendre une couette !" et pour lamentables qu'elles soient, ce sont les seules du film qui soient à peu près marquantes, ce qui vous donne une idée du niveau. Les gags sont quasiment tous de type "Guy est lourdingue, Sam s'énerve" ou "Guy fait une bêtise, Sam s'énerve", et malgré les efforts de Lagaf' pour tenter de laisser s'exprimer son Bourvil intérieur, la sauce ne prend pas du tout.

Lagaf De FunesIl a aussi une scène où il fait son De Funès, mais même lui a l'air de pas y croire complètement.


Rayon action, on a droit à une poursuite en voiturettes de golf qui, contrairement à celle d'Opération Funky, n'a pas l'air d'être là pour la rigolade, et quelques fusillades étonnamment brutales pour un film qui s'efforce par ailleurs d'être une comédie légère et bon enfant. L'histoire qui lie les diverses péripéties repose sur une série d'invraisemblances un peu trop dures à gober, les personnages secondaires sont sans relief et joués par des acteurs en mode "faut bien qu'on mange"... Mention spéciale au grand méchant Russe, qui semble avoir été pioché un peu hasard parmi les figurants pas trop typés "jeune de banlieue" tant il combine non-jeu, non-charisme et non-menace à l'écran. Du coup, en plus de ne pas se marrer dans les moments supposément drôles, on se bat les steaks de ce qui se passe dans les scènes censés faire du Baltringue un super thriller à l'américaine.


Le Baltringue 06Aucun rapport avec ce qui précède, mais c'est moi ou on voit la lumière du soleil se refléter
dans le décor de cette scène qui se déroule en pleine nuit ?


Alors malgré tout, ce n'est pas aussi abominable que Cinéman ou Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques, et c'est trop impersonnel et pas assez prétentieux pour être comparable à des calamités comme L'Âme soeur ou Nos amis les Terriens (tiens, faudra que je vous en parle en détails, de celui-là !). Ce qui nous laisse en fin de compte avec un mauvais film assez fade. C'est pas la plus grosse honte du 7ème Art hexagonal, mais un nanardeur préférera se tourner vers quelque chose de plus corsé, tandis qu'un fan de buddy movies franchouillards aura plus de chances de trouver son bonheur avec les productions plus friquées et professionnelles que Le Baltringue essaie de singer, même les moins reluisantes, des Taxi aux derniers Gérard Oury. Alors après, les plus vicieux voudront probablement sans doute se faire une idée par eux-même, parce que c'est comme ça, c'est le film avec Lagaf'. Mais ceux qui ne sont que vaguement curieux peuvent faire l'économie de 5€ et 1h15, ça ne vaut pas le coup.

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Published by Toxic - dans Goleri
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commentaires

Super Menteur 13/07/2011 16:43



Putain je suis desu desu, moi qui m'attendait à une merde intergalactique tu m'as tout refroidi là.


Ils sont chiants ces producteurs, à faire des merdes pas assez nulles pour qu'on puisse en rire.



Toxic 13/07/2011 17:40



Je sais, la merde n'est plus ce qu'elle était...



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