Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 09:16

The CrowSans être vraiment réussi, Prédictions était suffisamment intéressant et singulier pour me donner envie de revoir The Crow, le premier film hollywoodien de son réalisateur, l'Australien Alex Proyas. Pour les petits jeunes qui ne se souviennent pas, c'était la dernière apparition à l'écran du fils de Bruce Lee, Brandon, un accident sur le tournage ayant entraîné sa mort. Forcément, même s'il était loin d'être une vedette à l'époque, ça avait marqué les esprits : un acteur même pas trentenaire, fils d'une icône du cinéma elle-même morte en pleine gloire, tué en filmant la scène où son personnage se fait abattre, ça n'arrive pas tous les jours, ça émeut la midinette, ça titille le fan de théories du complot ou celui qui aime voir des malédictions partout, ça rend service à l'animateur télé qui a une émission ou un JT à remplir et qui n'a pas trop envie de refaire encore un sujet sur la guerre en Bosnie à laquelle personne ne comprend rien.

Au bout du compte The Crow avait connu un beau succès public et critique à sa sortie mais aujourd'hui, près de 20 ans plus tard, j'ai pas vraiment l'impression qu'il ait acquis un statut de classique. Sans doute que ses fans de la première heure ont grandi et se sont dit que bon, finalement, avec le recul, c'était peut-être un peu con, comme film. Sans doute aussi qu'il n'a pas trop réussi à séduire les foules de la génération suivante parce qu'il est devenu trop connoté "accessoire de la panoplie du parfait gothique des années 90". Enfin je suppute. Mais en France, on n'a même jamais eu d'édition Blu Ray, par exemple. C'est qu'il doit pas y avoir une grosse demande. Le jeune triste à cheveux longs et trench coat en cuir noir se contente de la VHS de son grand frère parce que c'est plus authentique, et le cinéphile de base préfère ne pas se replonger dans un moment pas forcément glorieux de son adolescence. Enfin je ne sais pas, et je ne sais pas non plus pourquoi je vous tartine toutes ces conneries au lieu d'entrer directement dans le vif du sujet. Sans doute que ce désamour actuel pour le film ajoutait à ma curiosité de le revoir, en fait, au cas où il se serait carrément nanardisé avec le temps, ou bien au contraire pour pouvoir annoncer fièrement qu'en fait non, ça va, ça n'avait pas si mal vieilli et que ça méritait d'être redécouvert. En tout cas le DVD était à 6€ dans une petite boutique parisienne pour laquelle il n'y a pas de raison que je fasse de pub gratuitement donc je cite pas de nom, mais bon, si vous cherchez, c'est à côté de Beaubourg, voilà.


The Crow 06Son nom, il le signe en traçant des motifs compliqués avec de l'essence sur le bitume,
d'un corbeau qui veut dire corbeau... Corbeau, corbeau, corbeau rusé qui fait sa loi...


Tiré d'une BD, The Crow raconte la vengeance d'un jeune rockeur assassiné avec sa fiancée la veille de leur mariage par une bande de loubards. Ramené à la vie par un corbeau, Eric Draven dissimule son visage derrière un maquillage de clown triste et pourchasse les coupables pour les tuer un par un et apaiser ainsi son âme tourmentée. Sa quête va le mener sur la piste du grand chef de la pègre locale et véritable maître de la ville, qui a rassemblé une petite armée pour mettre les rues à feu et à sang lors de la "Nuit du Diable" (la veille de celle d'Halloween), soit un an jour pour jour après le meurtre d'Eric. Apparemment invulnérable, le ténébreux justicier n'a pas peur de s'attaquer à eux, mais ses ennemis vont tenter de découvrir ses points faibles pour les exploiter.


The Crow 03Quand Charles Bronson se maquille en mime, ça donne The Crow.


S'il m'a semblé meilleur lors de ce deuxième visionnage que dans mes vagues souvenirs, je n'irai pas jusqu'à dire que The Crow est un bon film. Mais c'est un objet intéressant, une sorte de "film-charnière", à la fois héritier d'un certain cinéma des années 70-80 sur le thème "un bon criminel est un criminel mort" et des premiers films de superhéros "sombres" comme le Batman de Burton ou le premier Punisher sortis quelques années plus tôt, mais aussi initiateur d'un style à base de nuits pluvieuses, cuir moulant, longs manteaux noirs et flingues sur fond de musique "alternative" métallo-industrielle, qu'on retrouverait dans les années 90 et 2000 avec Blade, Matrix, Equilibrium ou Ballistic et qui perdure encore dans la série des Underworld, par exemple. Alors évidemment Alex Proyas n'a pas inventé l'idée de porter du cuir noir en prenant un air mystérieux pour avoir l'air cool, et on est un peu dans le paradoxe de l'oeuf et de la poule, est-ce que les gamins ont commencé à se fringuer "gothique" à cause de The Crow ou est-ce que The Crow n'a fait que populariser le look gothique que les gamins de l'époque avaient déjà adopté à l'époque... Je laisse le soin aux historiens de la mode et aux sociologues de trancher, mais je pense quand même pouvoir affirmer que ce n'est pas un film anodin, il y a eu un avant et un après The Crow.


The Crow 01Avoir un petit budget peut avoir du bon, puisque pour les survols
de la ville cauchemardesque où se déroule l'action,
des maquettes filmées en studio produisent un effet bien plus original
que les images de synthèse froides et lisses.


Mais si sa forme est marquante, sur le fond c'est malheureusement un petit film d'action moyen, une variation "djeunz" autour du thème de la vengeance qui guérit les blessures de l'esprit. Ca a la modestie de ne pas chercher à faire réfléchir sur le sujet, mais à la différence d'un Faster ou d'un Punisher - Zone de guerre, dont les protagonistes ne trouvent finalement aucun repos ou salut dans leurs tueries, ici le message est un "oeil pour oeil, dent pour dent, et les torts seront bien redressés" sans équivoque. Draven se montre sadique et sans pitié avec ses proies, et on sent bien que le film aimerait qu'on voit ses crimes comme le juste châtiment reçu par des ordures qui l'ont bien mérité, pas comme un signe que sa croisade le rend aussi monstrueux que ses anciens bourreaux. Bon, après, c'est qu'un film, de superhéros qui plus est, donc vous n'aurez pas forcément de problème avec ce genre de message dans ce contexte, mais moi avec ça j'ai eu du mal à le trouver cool, ce mec qui profite de son immortalité pour traquer et exécuter un gang des rues.


The Crow 02Les méchants sont très caricaturaux, du même genre qu'on a pu voir
dans RoboCop par exemple. Dans le cinéma de l'époque, le moindre petit "blouson noir"
était forcément une espèce de taré ricanant et vicelard entièrement voué au crime.
L'influence des Guerriers de la Nuit peut-être ?


Mais bon, sur ce point-là, il faut bien dire que de toutes façons, à la base je ne fais plus partie du public visé depuis bien longtemps maintenant. Je veux pas faire le vieux cynique mais passé un certain âge, le rockeur triste qui va rageusement jouer de la guitare électrique sur le toit de son immeuble face à la ville la nuit pour exprimer sa souffrance du dedans de son coeur brisé par l'amour qui dure toujours même après la mort et qui se déguise en chanteur de The Cure pour aller réciter des poèmes d'Edgar Poe aux méchants qu'il va tuer sur des reprises de Joy Division par Nine Inch Nails, ça frôle le nanar, ou tout au moins ça ne paraît plus vraiment aussi magnifiquement tragique et romantique que quand on a 15 ans. Soyez donc prévenus que The Crow a peut-être déjà dépassé la date de consommation recommandée pour vous. Disons en gros que si vous êtes né avant sa sortie, vous aurez sans doute un peu plus de mal à l'apprécier pleinement.


The Crow 05Secrètement j'aimerais être encore assez jeune pour pouvoir voir ce genre de scène sans sourire.


Ca reste potable, déjà parce que visuellement ça a de la gueule, mais aussi par les diverses touches d'originalité et de bizarrerie qui parsèment le film. Comme cette histoire de corbeau magique qui n'a pas d'explication plus détaillée ou sérieuse que "la légende dit que le corbeau, des fois, il peut faire ça", ce qui fonctionne finalement bien mieux qu'une tentative de rendre tout ça plus crédible. Ou le chef de gang aux manières aristocratiques, amateur d'escrime et d'humour pince-sans-rire, qui décide que ses activités criminelles ne doivent plus viser l'enrichissement (c'est trop mainstream !) mais simplement le plaisir de semer le chaos. Ou encore le héros à moitié fou, à la voix délicate, aux antipodes d'un Christian Bale dans les Batman de Nolan, et dont le repos éternel ne se gagne pas uniquement par le meurtre, mais aussi en accomplissant quelque chose de positif et en tirant symboliquement un trait sur son passé, son existence terrestre.


The Crow 04Quelques têtes connues partagent la vedette avec Brandon Lee,
comme Michael Wincott, Bai Ling et Tony "Candyman" Todd.


The Crow est trop ancré dans son époque pour ne pas avoir un peu vieilli, et trop "adolescent" pour vraiment séduire au-delà d'un certain âge. Et les fans d'action seront peut-être déçus de ne pas voir Brandon Lee beaucoup utiliser les arts martiaux pour venir à bout de ses ennemis : les combats sont corrects, mais sans plus. Mais c'est un film singulier, qui a marqué une génération de spectateurs et de réalisateurs (alors qu'au départ son statut de modeste série B tirée d'une obscure BD ne l'y prédisposait pas vraiment), et qui à ce titre devrait intéresser les amateurs de cinéma de genre un peu curieux. Si vous l'avez vu il y a longtemps et que vous ne voulez pas entâcher un bon souvenir, c'est pas forcément la peine de chercher à le revoir, sinon sachez qu'il y a assez peu de chances que vous trouviez ça génial à moins d'être à fond dans le trip gothique, mais également assez peu de chances pour que ça vous laisse indifférent. Ce qui n'est déjà pas si mal, et mérite bien un visionnage. 

Partager cet article

Repost 0
Published by Toxic - dans Action
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Ciné Discount
  • Ciné Discount
  • : Films en solde ou au rabais
  • Contact

Coupé court

Les vidéos de CoupeCourt-lefilm sur Dailymotion

Recherche

Fais pas ta pute

Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

Goldmembers

goldmemberMC Jean Gab'1 n'est pas une putain, retiens-le bien, mais ça vous le saviez déjà. Mais d'autres gens ici n'ont pas fait leur pute, et contribué à l'effort de guerre. Grâce soit donc rendue en ces lieux à :

-Artemis
-jakbonhom
-Mahg

-Sheep Tapes
-Snowman
-Super Menteur