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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 14:21

Je m'y prends un peu tard pour faire une sélection de films de Noël cette année, mais bon, allez, tant pis, voilà le premier des films pour enfants en retard. Alors le mois dernier je m'étais farci la version Syfy Channel de La Belle et la Bête à cause des nénés d'Estella Warren, et ce mois-ci comme on ne se refait pas je me suis infligé la version de Christophe Gans à cause des nénés de la plus célèbre diplômée de l'école de la rue, Léa Seydoux. La précédente adaptation vous promettait "la véritable histoire", à la place celle-ci se targue d'être "plus fidèle au conte original". Du coup, après celle de l'an prochain, ça va devenir difficile de continuer à en justifier d'autres en piochant parmi les excuses habituelles, vu que Shrek et Once Upon a Time ont déjà un peu coupé l'herbe sous le pied d'un "univers cinématographique partagé" où le marquis de Carabas recruterait Peau d'Âne et le Petit Poucet pour affronter le Nain Jaune ou la Fée Carabosse.

Mais pour l'instant, on n'en est pas encore là, on est à La Belle et la Bête d'après Tim Burton, la version du réalisateur du Pacte des loups qui, conformément à la vision originale de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (ou Gabrielle-Suzanne de Villeneuve), fait la part belle aux effets spéciaux, attaques de brigands déguisés en méchants de westerns, et petites créatures rigolotes en images de synthèse conçues par le papa du Godzilla d'Emmerich. André Dussollier joue le marchand le plus bête du monde, puisque qu'il fait naviguer tous ses bateaux ensemble pour être sûr de perdre toute sa flotte d'un coup en cas de problème, qu'il a investi toutes ses liquidités dans une cargaison unique, et qu'il a oublié qu'au XVIIIème siècle l'assurance maritime ça existait déjà. Il se voit donc totalement ruiné après une nuit de tempête et contraint d'emménager avec sa famille dans une "modeste" chaumière qui ferait passer la baraque des Ingalls pour les bas-fonds de Gotham City. Sa fille Belle, qui est jolie et donc intelligente et douce et pure, se réjouit de mener enfin une vie simple d'humbles fermiers, mais ses autres filles apparemment handicapées mentales se désolent, et ses fils, qui ont tous des accents différents parce que c'est une coproduction européenne, se mettent à traîner avec des types peu recommandables (leur chef a des balafres et se tape une gitane, c'est vous dire).

Des bestioles pour amuser les tout-petits et prêtes à devenir des figurines Funko Pop,
exactement comme le voulaient des aristos morts il y a 300 ans.

Après une échauffourée avec les malandrins en question, Dussolier trouve refuge dans un château délabré où un hôte invisible a préparé un banquet comme s'il attendait 20 personnes plutôt que lui seul, et soigné son cheval. Il se goinfre, ramasse les coffres à trésor qui traînent et repart sans dire merci, une habitude qu'il a dû prendre en jouant à Zelda ou Final Fantasy. Sur le chemin du retour, il cueille une rose sans penser à mal, et là on le comprend vu que le film ne cherche pas du tout à établir qu'un buisson de ronces lugubre entre des ruines et une forêt, à la lisière d'une propriété aux limites floues, est en réalité la possession la plus sacrée du maître des lieux, et qu'il faut absolument sa permission pour se servir dessus alors que tout le reste est gratos. Dussolier est donc assailli par ce que le conte original, auquel le film est d'une fidélité garantie sous contrôle d'huissier, appelle "une bête si horrible, qu'il fut tout prêt de s'évanouir" et qui ressemble ici au Roi Lion avec la voix de Vincent Cassel. Le joli minet condamne Dussolier à mort mais l'autorise à aller annoncer la nouvelle à ses enfants, ce qui donne l'occasion à Belle de décider de se sacrifier à sa place. Evidemment la Bête ne va quand même pas buter une petite blonde à gros nichons et préfère lui offrir des robes bien décolletées à porter pour assister à ces buffets campagnards donc il a le secret.

Pas folle la Bête : si la Belle est du genre à manger salement,
avec une surface de robe réduite y a moins de risques de faire des taches !

Belle comprend instantanément que sous ses airs un peu secs, le monsieur à tête de peluche est en réalité un homme bon et généreux, mais comme il faut bien arriver jusqu'à 1h40, elle explore les environs et découvre de grands vagins lumineux (parce que Christophe Gans a lu quelque part que le symbolisme sexuel c'était important dans les contes de fées) qui diffusent des flash-backs qui permettent de comprendre comment le Prince Cassel a été condamné à devenir un personnage de dessin animé, comment ses chiens de chasse son devenus des produits dérivés potentiels, et comment les habitants de son royaume qui avaient un rôle parlant ont été changés en deus ex machina de dernier chapitre pendant que les simples figurants ont disparu. Confortée par le récit de cette tragédie dans son idée que la bébête est décidément un garçon formidable, probablement parce qu'elle a été distraite pendant les passages qui montrent que c'est parce qu'il était égoïste et indifférent aux supplications de sa femme qu'il s'est fait maudire comme ça, Belle continue de partager avec lui des conversations de type "je ne suis qu'un horrible monstre, personne ne peut m'aimer" "mais si" "mais non" "mais si" jusqu'à ce qu'il soit enfin l'heure pour tout le monde d'être beau, riche et heureux avant le générique chanté par un ancien gagnant de The Voice conformément aux souhaits de Gabrielle-Suzanne de VIlleneuve (ou Jeanne-Marie Leprince de Beaumont) (ou Giovanni Francesco Straparola).

Peu importe qu'au final le symbole ne signifie rien et que le film n'ait rien à dire,
tant que tu mets un truc vaguement sexuel ça fait tout de suite cinéma d'auteur !

Le problème quand on fait un film qui coûte des dizaines de millions, c'est qu'il faut essayer de contenter trop de gens pour ramasser de quoi le rembourser. Alors, soit on fait un film tellement génial que tout le monde aura naturellement envie d'aller le voir, soit on assemble des éléments censés faire plaisir, les uns aux grands, les autres aux petits, d'autres aux moyens, des éléments qui font plaisir aux filles, d'autres aux garçons, et puis aux différents marchés européens, au public qui veut du cinéma "à l'américaine" qui "t'en met plein la vue", à celui qui veut du cinéma populaire Label Qualité France™, des éléments qui imbriqués n'importe comment forment un gros conglomérat de n'importe quoi complètement indigeste. On a un peu l'impression que, comme tout le monde connaît déjà l'histoire, le film ne cherche pas vraiment à la raconter, juste à l'illustrer par une série de vignettes sorties d'un ordinateur. Tu sais déjà que la Belle va tomber amoureuse de la Bête alors pourquoi se faire chier à vraiment essayer de dépeindre des personnages et une relation qui évoluent ? Regarde, voilà une belle scène de bal, voilà une scène pour avoir peur, voilà une scène de mystère, et peu importe que parfois ça se répète, tourne en rond, ou semble s'enchaîner dans le désordre.

Il y a des femmes à poil pour faire plaisir aux papas, mais elles sont pudiques jusque dans la mort.
(et je ne dévoile rien que la bande annonce ne dévoile pas elle-même donc commencez pas à chialer)

Pour un adulte normal comme vous et moi, je dirais que c'est mi-amusant pour le côté nanar, mi-gavant. Après, je peux comprendre que les petits enfants amateurs d'histoires de princesses et de magie s'en contenteront parce qu'ils trouveront ça joli comme une publicité pour des chocolats de Noël ou du parfum. Et je suppose même que certaines grandes personnes se réjouiront par fierté de voir qu'en France aussi on a un réalisateur qui peut faire de grosses croûtes d'heroic fantasy inintéressantes et clinquantes comme Le Hobbit. Mais vous et moi on vaut mieux que ça n'est-ce pas ?

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 14:46

En mars prochain bien sûr vous irez tous voir la nouvelle version dans laquelle Emma Watson prouvera qu'une fille peut trouver l'amour dans les bras d'un homme riche grâce au syndrome de Stockholm, parce que le féminisme c'est bien sympa mais un beau gros chèque signé Disney c'est difficile à refuser. Pour vous aider à patienter, je me permets de vous proposer une autre adaptation de La Belle et la Bête, un téléfilm produit pour la chaîne Syfy par le réalisateur de Commando avec Schwarzenegger, qui nous annonce sur sa jaquette que "cette fois-ci, ce n'est pas un conte de fée". Eeeeeeh ouais les gars, parce que les studios vous respectent, ils savent que vous n'êtes plus des gamins, alors là c'est la VRAIE histoire sombre et réaliste telle qu'elle s'est VRAIMENT passée pour de VRAI, pas des bobards pour faire rêver les petites filles. Ca n'interdit pas, en revanche, d'essayer de faire rêver les grands garçons avec le physique d'Estella Warren. En tout cas moi je sais que sans sa présence au générique j'aurais pas dépensé 1€ pour me procurer le DVD, mais je suis peut-être le seul à me souvenir avec émotion de cette pauvre fille, une ancienne championne de natation synchronisée et ancienne mannequin dont la carrière d'actrice s'est écrasée au décollage avec La Planète des singes de Tim Burton, et dont le plus gros film depuis a été Kangourou Jack avec Jerry O'Connell.

Belle est ici une lavandière qui aime se promener en mini-robe décolletée dans les bois à la recherche d'ingrédients pour ses lessives. Un jour, elle est sauvée des griffes d'un loup par la Bête, un métalleux clochard avec un masque d'orc récupéré dans les poubelles du Seigneur des Anneaux, qu'on accuse de tous les crimes commis dans la région. Ceux-ci sont en réalité l'oeuvre d'une bestiole en images de synthèse invoquée par une sorcière qui l'utilise pour convaincre son cousin, un noble qui espère hériter du trône à la mort du roi, de la choisir comme future reine, le plan étant que tant qu'il refusera le monstre continuera à bouffer ses soldats, mais que s'il accepte elle l'aidera à capturer la Bête et à tout lui mettre sur le dos pour se faire passer pour un héros auprès du peuple, et s'assurer ainsi d'accéder au pouvoir (qu'il semble à vrai dire déjà posséder avant même d'être roi, et qui consiste à régner sur un unique village d'une vingtaine d'habitants). Heureusement dès sa deuxième rencontre avec la Bête, Belle a compris que c'était un brave garçon qui méritait qu'elle risque sa vie pour l'aider, et ensemble ils vont tenter de rétablir la vérité.

Estella Warren garde la même tenue tout le temps de l'aventure, qui dure pourtant plusieurs jours,
mais on ne va pas s'en plaindre, hein, j'ai raison ou quoi les gars ?


C'est moi ou ça fait un peu beaucoup d'intrigue pour l'adaptation d'une histoire à la base aussi simple que "une gentille fille apprend, en vivant auprès d'un homme monstrueux, qu'il ne faut pas juger les gens sur leur apparence" ? C'est sans doute parce que CETTE FOIS-CI CE N'EST PLUS UN CONTE DE FEE. La vraie vie des personnages imaginaires, c'est compliqué. Bon enfin je taquine mais à vrai dire je peux comprendre que cette énième version ait décidé de mettre de côté la leçon de morale (par ailleurs légèrement hypocrite puisqu'à ma connaissance dans toutes les versions la Bête finit par se transformer en beau gosse comme ça la Belle n'est pas obligée de se marier avec un monstre, parce que les apparences ça compte pas jusqu'au moment où, quand même, ça compte un peu), et de raconter autre chose à la place. Même si ce prétexte de révéler "la véritable histoire" (qui n'est pas qu'un slogan pour la jaquette, c'est répété au début du film lui-même par le narrateur) est absurde, en théorie ne pas raconter exactement la même chose que tous ses prédécesseurs est une bonne idée.

Sans doute pour enfoncer le clou sur le fait que ce n'est pas une gentille fable pour gamins,
cette adaptation comporte plusieurs scènes particulièrement sanglantes.


Malheureusement, comme le film ne laisse dès le départ aucune ambiguïté sur l'identité et les motivations des vrais coupables et sur la vraie nature de la Bête, c'est un peu difficile de se passionner pour cette histoire de complot. D'autant qu'on sent bien que les auteurs ne croyaient pas que quelqu'un se donnerait la peine de regarder jusqu'au bout pour de vrai, et que le scénario paraît de plus en plus bâclé au fur et à mesure qu'il avance. Il y a par exemple une scène vers la fin où la Bête doit s'introduire dans le château par la fenêtre, en escaladant une tour, puis 2 minutes plus tard elle est sauvée par la Belle qui débarque dans la pièce par la porte sans qu'on sache comment elle a bien pu y accéder, et après ça nos deux héros recommencent une conversation qu'ils avaient déjà eue à la scène précédente, avant d'être rejoints par un de leurs potes qui n'avait pourtant aucun moyen de savoir qu'ils étaient là (et dont on ne sait pas comment il a réussi à entrer lui non plus).

Le film se donne la peine de mentionner que le fait que la Bête ne se batte qu'à l'arbalète
est de notoriété publique,et pourtant personne ne doute jamais de sa culpabilité
quand les victimes sont retrouvées décapitées, griffées et mâchouillées.


Les personnages eux-mêmes n'ont pas grand intérêt non plus, et on retrouve à peu près tous les défauts de ce genre de téléfilm fauché : dialogues insipides, décors minables, effets spéciaux indigents, acteurs inconnus qui ne cherchent même pas à cacher qu'ils n'ont pas envie d'être là. Pour un fan de nanars mort de faim, il y a 2-3 petites choses à se mettre sous la dent, comme la scène où "les chiens ont suivi sa trace jusqu'au ruisseau !" mais on ne voit jamais les fameux chiens parce que louer des animaux à un dresseur ça coûte cher et on ne les entend pas non plus parce qu'apparemment même mettre un bruit d'aboiements au loin c'était déjà trop d'efforts. Ou le fait que les graphistes se soient donné la peine de modéliser des fesses au troll. Ou le personnage qui s'étonne que "derrière son aspect monstrueux j'ai découvert que la Bête était la plus gentille créature que j'aie connue" alors qu'il sait depuis le début que c'est simplement un humain victime d'un sort, et qu'il l'a élevé lui-même depuis sa naissance.

Le golem de la sorcière (qu'ils appellent "troll") est probablement la version sans poil
d'un modèle de loup-garou piqué à un autre film, et les images de synthèse sont
encore plus bas-de-gamme que ce que proposent habituellement les productions Syfy.


Malgré ces rares gags involontaires, ou le charme poupin de sa vedette, je ne pense pas qu'il y ait vraiment de quoi justifier de passer une heure et demie devant. Enfin, je ne sais pas, peut-être que c'est encore drôle pour quelqu'un qui n'aurait pas déjà vu des dizaines de productions Syfy exactement dans la même veine, mais moi ça fait un petit moment que je suis blasé face à banquet royal dont l'aliment le plus luxueux est une grappe de raisins, un village médiéval dont on ne voit jamais plus de deux bâtiments, ou une actrice qui n'arrive jamais à prononcer correctement les noms compliqués comme "Ahura Mazda".

 

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La Belle et la Bête (Beauty and the Beast, 2009), réalisé par David Lister (Malibu Shark Attack) sur un scénario de Gavin Scott (Small Soldiers). Avec Estella Warren (La Planète des singes), Rhett Giles (Quantum Apocalypse), Vanessa Gray (The Strip), Victor Parascos (Les Sirènes de Mako).

 

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 08:34

Toujours déterminé à conquérir le box office mondial avec des épopées qui coûtent bonbon à l'échelle de la production cinématographique de son pays, le rappeur malaisien Yusry Kru, réalisateur du Choc des Empires, a cette fois choisi de s'attaquer à la mythologie européenne et a réussi à débaucher quelques têtes connues du public occidental. Bon, pas des vraies stars, mais deux acteurs qui tournent beaucoup pour Uwe Boll, ce qui fait que ça donne tout de suite au produit un côté "merdouille à la The Asylum pour le marché du DVD à petit prix" plutôt que "fresque historique spectaculaire pour le grand écran". Et en même temps c'est pas comme si le cinéma de Malaisie était beaucoup distribué en France donc il faut admettre que le mec a quand même partiellement atteint son but même si son film n'est pas sorti en salles ici.

Ca se passe à l'époque où les Vikings ont presque totalement abandonné leurs anciennes croyances au profit du christianisme. Mais Thor, le dieu de la foudre, ne l'entend pas de cette oreille et décide de s'incarner pour aller reconquérir le coeur des fidèles à grands coups de marteau magique dans la gueule. Il compte profiter de l'Eclipse de Sang, un événement qui a lieu une fois tous les 800 ans, pour ouvrir les portails entre les différents monde en utilisant trois artefacts qui, non, écoutez, allez, on va pas essayer de résumer ce truc tortueux et absurde dans les détails. En gros il y a deux types stéroïdés avec des perruques, un qui joue Thor, c'est le méchant, l'autre qui joue Eric le Sanguinaire, c'est le gentil, et avec l'aide d'un groupe cosmopolite de compagnons de voyage Eric va tenter de mettre une branlée à Thor. En chemin, il y a des batailles, des trahisons, de la magie, des monstres, etc.

Vikingdom, c'est la version moderne de l'heroic fantasy italienne produite par la Cannon dans les années 80, façon Barbarians ou Sinbad. On garde les bases : de mauvais acteurs musclés qui se bagarrent dans des décors factices et bariolés au gré d'un scénario gentiment débile qui n'a retenu des mythes et périodes historiques dont il s'inspire que quelques noms de personnages connus. Mais on adapte tout ça aux tendances d'aujourd'hui. Plutôt que de fabriquer des grottes et des châteaux en carton-pâte on filme tout en studio et on plaque sur les fonds verts des textures qui semblent avoir été piquées au jeu vidéo Skyrim. Au lieu d'utiliser sans modération des couleurs chatoyantes pour faire "film hollywoodien en Technicolor" on utilise sans modération la retouche numérique pour faire "film hollywoodien recolorisé par un daltonien". Dans les bastons, on remplace les manchettes et prises de lutte par des virevoltes au ralenti ou en accéléré parce que Yusry Kru ne s'est toujours pas remis de 300.
 


Le guignol emperruqué qui joue le dieu de la foudre n'est autre que le premier des
culturistes à s'être succédé dans le rôle de "La Montagne" dans
Game of Thrones.
Ici, il est doublé façon méchant de film de karaté des années 70.


Le Choc des Empires, sans être très réussi, restait appréciable au premier degré, mais cette rencontre improbable entre Luigi Cozzi et Zack Snyder tient plutôt du nanar. Entre l'intrigue crétine avec ses dieux nordiques qui ont besoin du "Collier de Marie-Madeleine" pour ouvrir un portail à Stonehenge qui permet de vaincre le Dieu chrétien, l'acteur principal qui joue comme un parpaing, le copain chinois qui fait du kung fu au milieu des vikings, le marteau de Thor en polystyrène, les couleurs baveuses dégueulasses qui donnent au même personnage, d'une scène à l'autre, un costume tantôt bleu vif, tantôt gris, et des cheveux parfois bruns, parfois verts, ça a son petit charme, il y a de quoi rigoler un peu. Hélas, la série Z, c'est sympa quand c'est court, mais quand ça dure 2h, à moins que l'auteur soit un pur génie de la connerie, l'ennui finit par l'emporter.
 


Brutales et agrémentées de quelques cascades sympathiques, les batailles sont
les seuls moments où
Vikingdom ressemble un peu à un vrai film.


Au moins, c'est plus ambitieux et inventif que des navets imbitables comme Drakkar ou Thor et le Marteau des dieux. Les scènes d'action sont même potables, et visuellement il y a des moments de pure bizarrerie comme une hallucination de chevaux sous-marins, ou un mur de femmes à poil en or. C'est pas dans n'importe quel mauvais film de vikings qu'on voit ça. Mais entre les choix artistiques douteux et la bêtise confondante de l'intrigue, c'est vraiment à réserver aux amateurs de comique involontaire et de ratages catastrophiques. Et même ceux-là devront bien s'accorcher pour arriver jusqu'à la merveilleuse ballade rock ringarde qui sert de générique de fin, parce qu'il y a bien 40 minutes de trop pour l'apprécier pleinement.

 

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Vikingdom, l'éclipse de sang (Vikingdom, 2013), réalisé par Yusry Kru (Cicak-Man) sur un scénario de James Coyne. Avec Dominic Purcell (Prison Break), Natassia Malthe (Dead or Alive), Conan Stevens (Le Hobbit), Craig Fairbrass (Cliffhanger), Jon Foo (Tekken).

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 07:01

Le 13eme guerrierBanderas, voilà un type qu'on n'aurait pas forcément imaginé en star du cinéma d'action à ses débuts chez Almodovar dans les années 80. Et puis il y a 20 ans il a fait Desperado et Hollywood s'est ensuite efforcé de l'imposer comme nouvelle tête d'affiche du genre, avec plus ou moins de succès. Souvent moins, d'ailleurs, puisqu'en dehors des deux Zorro, il a rarement affolé le box office. Il faut avouer que ses plus gros fans sont moins les amateurs d'action que nos mamans, et que nos mamans veulent bien le voir en héros intrépide mais qu'il faut qu'il soit un peu chevaleresque et romantique quand même. Du coup, le pauvre Antonio s'est plusieurs fois planté de façon spectaculaire, notamment avec le fameux Ballistic, mais aussi avec Le 13ème guerrier, que je me permets donc d'accueillir ici bien que ce soit un "gros" film. Tellement gros que c'est le film qui a le plus perdu d'argent de toute l'histoire du cinéma si on tient compte de l'inflation. Eh ouais, même plus que Waterworld. Entre les décors, les armes et armures, les chevaux, les figurants, le budget de départ devait déjà être assez conséquent, et il a dû exploser quand John McTiernan, le réalisateur, s'est fâché avec Michael Crichton, l'auteur du roman original (Le Royaume de Rothgar), et que chacun s'est mis à tourner séparément sa version. Et au moment de le sortir en salles, le studio n'y croyait plus et a accepté le bide sans broncher au lieu d'engloutir encore plus de fric dans sa promotion.

Adapté, donc, d'un roman du papa de Jurassic Park, lui-même inspiré de l'épopée Beowulf et des récits d'un voyageur arabe ayant rencontré et décrit des peuplades nordiques, le film suit le périple d'Ahmed Ibn Fahdlan, ancien poète à la cour du calife exilé en Scandinavie pour avoir séduit la femme d'un gros bonnet de Bagdad. Sa route croise celle d'une horde de Vikings dont le chef Buliwyf reçoit un message de détresse du roi Hrothgar, qui l'implore de le débarrasser des Wendols, des monstres mangeurs d'hommes qui ravagent ses terres. L'oracle annonce à Buliwyf que la mission nécessite treize guerriers, dont un étranger à la peau sombre, parce que même à l'époque des prophéties il y avait des quotas ethniques, et Ahmed se laisse enrôler à contrecoeur dans le rôle du fameux copain rebeu qui sert de caution morale aux blagues racistes quand l'ami noir est occupé. Parvenu au village de Hrothgar, Buliwyf s'aperçoit qu'il ne reste plus assez d'hommes pour affronter l'ennemi aux côtés de son petit groupe, mais l'espoir renaît quand Ahmed comprend que les Wendols ne sont pas des démons, mais simplement des hommes couverts de peaux de bêtes.


Les batailles ne sont pas forcément parmi les plus spectaculaires qu'on ait pu voir au cinéma,
mais au moins on comprend à peu près ce qui s'y passe et à quels moments
un camp prend l'avantage sur l'autre.


Même si je me doutais que je n'allais pas avoir affaire à un chef-d'oeuvre injustement boudé, j'avoue que j'espérais un peu mieux de John McTiernan. Mais c'est difficile d'obtenir quelque chose de réussi en scotchant ensemble deux films réalisés par des mecs qui se font la gueule. Le résultat est regardable, quelques bonnes idées ayant survécu au milieu de cet assemblage de scènes, mais entre les éléments sous-developpés, ceux qui se contredisent, et ceux qui sont abandonnés sans explication, on ne peut pas dire qu'il subsiste vraiment une histoire solide ou de bons personnages. Dans les meilleurs moments, il y a le genre de choses qu'on apprécie dans les films de bonhomme : un respect mutuel et une franche camaraderie qui se nouent entre des gars bourrus mais qui ont bon fond, de vaillants gaillards prêts à prendre les armes pour l'honneur et la gloire même s'ils n'ont aucune chance, des batailles bien violentes et mises en scène à peu près correctement. Et dans le genre "essayons d'imaginer les faits réels derrière la légende", le film s'en tire de façon un peu plus intéressante que son concurrent direct Beowulf, la légende viking et que des superproductions comme Le Roi Arthur ou le Robin des bois de Ridley Scott.


Ah, ça, on sent que c'est un film américain d'avant septembre 2001.


Mais il y a, malheureusement, plein de choses qui ne fonctionnent pas trop, à commencer par le héros lui-même, dont on finit par se demander ce qu'il apporte à l'histoire de Beowulf. Certes, on appréciera qu'il ne tombe pas dans le cliché du couard incapable qui apprend à devenir un homme, un vrai, et qu'il s'agisse probablement du dernier Arabe musulman montré sous un jour 100% positif dans une production hollywoodienne. Mais ce qui fait sa spécificité au sein du groupe de barbares se retrouve vite dilué. Ce n'est pas un homme d'action... mais il ne rate pas une occasion de se montrer héroïque, et se révèle très habile au cimeterre sans qu'on nous explique pourquoi un poète est aussi doué pour la bagarre. C'est le malin de la bande... mais ses potes vikings sont en fait rusés eux aussi, et au bout du compte c'est à grands coups d'épée dans la gueule que se résout le conflit, pas grâce à la sagesse d'Ahmed ou à la supériorité de la science arabe. Du coup, ce 13ème larron n'est vraiment qu'un guerrier de plus, qui ne sert qu'à faire de l'ombre à celui qui devrait être le vrai protagoniste.


Ahmed a beau se défendre d'être un guerrier, dès qu'il a entre les mains une lame plus adaptée
à sa morphologie que les lourdes épées vikings, il fait des prouesses.


Buliwyf est tellement relégué au second plan de sa propre saga qu'il n'a pas le temps de développer la moindre personnalité. Et ses compagnons ne sont pas mieux lotis. Pourtant, le générique de fin attribue à chacun un trait de caractère : "Querelleur", "Superstitieux", "Grincheux", "Atchoum"... S'ils ont filmé de quoi justifier ces surnoms, tout a été coupé au montage. Sacrifiée également, une intrigue secondaire sur un complot du fils de Hrothgar, qui se développe sur quelques scènes au milieu du film avant d'être balayée sous le tapis sans cérémonie. En revanche, des passages gentiment couillons ont été conservés, comme quand Ahmed apprend à parler couramment la langue des Vikings rien qu'en les écoutant discuter entre eux, ou quand Buliwyf est fasciné par l'art de "dessiner les mots", comme si le concept d'écriture était quelque chose d'inconnu et magique pour les civilisations nordiques.


Les rares personnages féminins ne font guère plus que de la figuration intelligente
et la petite amourette d'Ahmed avec une jolie suédoise ne durera que quelques minutes.


Au final, ça ne vole pas très haut, c'est un peu avare en rebondissements, ça manque de scènes d'action vraiment spectaculaires et d'un protagoniste mémorable. Mais ça a son petit charme quand même, pour un amateur d'aventures médiévales ça n'est pas désagréable à regarder et ça vaut nettement mieux que les films de Vikings bas-de-gamme sortis directement en DVD ces dernières années. Omar Sharif, qui a un petit rôle au début, affirme qu'il a eu tellement honte du film qu'il a failli prendre sa retraite plutôt que continuer à cachetonner dans des merdes ; venant d'un type qui a tourné des pubs pour une revue de pronostics de tiercé, ça me fait doucement goleri qu'il juge Le 13ème guerrier indigne de lui. Mais c'est sûr que c'est pas super réussi. Il faut aimer les histoires basiques de brutes qui coupent des têtes et ne pas espérer quelque chose de la trempe de Predator et Piège de cristal pour ne pas être déçu, mais à défaut d'être digne de ce qu'on pouvait espérer de John McTiernan, c'est meilleur que ce qu'on pouvait craindre de l'échec le plus coûteux de l'histoire du cinéma.


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Le 13ème guerrier (The 13th Warrior, 1999), réalisé par John McTiernan (Piège de cristal) et Michael Crichton (Runaway, l'évadé du futur) sur un scénario de William Wisher (Terminator 2) et Warren Lewis (Black Rain). Avec Antonio Banderas (Desperado), Vladimir Kulich (Equalizer), Dennis Storhøi (D'une vie à l'autre), Tony Curran (Shuttle), Sven Wollter (Carambole).

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 14:26

Bloodrayne 2 DeliveranceAllez, continuons la fête avec, pour ce 300ème DVD en 5 ans, la suite du tout premier film chroniqué ici, l'adaptation du jeu vidéo Bloodrayne. C'est toujours signé par Uwe Boll, cinéaste médiocre qui s'est bâti une carrière internationale sur sa réputation de "pire réalisateur du monde" il y a une dizaine d'années (eh oui, déjà), mais qui séduit aujourd'hui les petits Blancs énervés avec ses histoires de mecs en colère qui nik le Système à coups de flingues parce que bon, le Système hein, j'ai raison ou quoi les gars ?

Dans cet épisode, Kristanna Loken est remplacée par Natassia Malthe dans le rôle-titre. Natassia Malthe c'est un peu la fille qu'on embauche quand le budget ne permet même pas de s'offrir Rhona Mitra (ou Kristanna Loken, donc). Et je n'ai rien contre cette brave fille mais sa présence donne une idée assez claire de la mentalité qui a présidé à la production de Bloodrayne 2 : "puisque de toutes façons je vais faire de la merde, autant la faire pour le moins cher possible". Boll serait-il l'inventeur de la méthode Asylum ou bien doit-on simplement accuser Roger Corman ? Mais je m'égare. L'action quitte l'Europe du XVIIIème siècle pour l'Amérique du XIXème. La ville bien tranquille de Deliverance finit d'installer sa ligne de chemin de fer lorsque le gang de Billy le Kid décide d'y élire domicile. En effet, Billy et sa bande sont en réalité des suceurs de sang qui comptent sur l'arrivée en masse de voyageurs par le train pour se goinfrer. Pas de chance pour eux, c'est également le moment qu'a choisi Rayne, la chasseuse de vampires, pour rendre visite à des amis dans la région. Et elle n'est pas ravie d'avoir fait le déplacement pour se retrouver face à leurs cadavres.


Bloodrayne 2 02La petite mannequin norvégienne Natassia Malthe, aperçue dans des séries B aussi inoubliables
que
Lake Placid et Elektra
, est bien mignonne,
mais pas spécialement convaincante en héroïne de film d'action.


Mes amis, j'aurais aimé vous écrire une belle chronique bien rigolote pour cette 300ème, mais il n'y a vraiment pas grand'chose à dire sur ce téléfilm minable. Le réalisateur-producteur a acheté le scénario de western le moins cher qu'il a pu trouver, l'a fait retoucher à la va-vite pour y insérer un personnage dont il possédait les droits d'exploitation, et a filmé paresseusement au caméscope l'habituelle bande d'acteurs de troisième zone à laquelle il est obligé de faire appel depuis que sa réputation et/ou son budget ne lui permettent plus de sortir ses films autrement qu'en direct-to-video et de s'offrir Jason Statham ou Christian Slater. Quand on pense que l'un des quelques éléments qui faisaient du premier film un objet de curiosité à peu près regardable, c'était la présence d'autant de vedettes dans une production aussi bas-de-gamme, et qu'ici les acteurs les plus connus sont Zach Ward et Michael Paré, on comprend qu'il va être difficile pour Bloodrayne 2 de ne pas somber dans l'inintérêt total.


Bloodrayne 2 03Le héros de Postal pour succéder à Ben Kingsley, Billy Zane et Meat Loaf dans le rôle du méchant,
et celui de Komodo vs Cobra pour remplacer Michael Madsen dans celui du faire-valoir,
pas de doute on est bien dans le pire de ce que peuvent être les suites destinées au marché du DVD.


Car malheureusement il n'y a rien pour sauver le film. L'intrigue est con, les péripéties sont plus de l'ordre du bête remplissage que du véritable rebondissement (Rayne constitue une équipe de tueurs, chaque membre a droit à sa scène de recrutement mais accepte sans broncher, ensuite ils se font buter sans avoir rien accompli). Ca a clairement été écrit à la base pour de simples hors-la-loi plutôt que des vampires, et retravaillé précipitamment... Le chef du gang a un accent européen parce que c'est bien connu que les vampires viennent des Carpathes... mais c'est quand même Billy le Kid parce que, ben pourquoi se faire chier à changer TOUT ce qui était dans le scénar d'origine ? Et dans une scène, on voit les chasseurs de vampires s'équiper de balles en argent puisées dans une caisse remplie d'ail... puis dix minutes plus tard un groupe de civils parvient à tuer les vampires avec des munitions normales... mais encore après, on a droit à une exécution à coups de pieu dans le coeur... Ah c'est compliqué de se relire avant de commencer à tourner hein ?


Bloodrayne 2 01Michael Eklund, devenu aujourd'hui le chouchou des productions WWE Studios,
surjoue gentiment un personnage de prêtre-desperado qui finit par se révéler complètement inutile.


Le premier épisode est immanquablement cité dans chaque "Top 10 des pires adaptations de jeux vidéo" que publient les sites de divertissement chaque fois qu'il y en a une nouvelle qui sort, mais cette suite est pire à tous les niveaux. L'histoire est bidon, l'action est plate, ça n'est même pas un peu sexy... Ca n'est jamais drôle dans sa nullité, simplement ennuyeux. Pas la peine de perdre votre temps avec ce navet.

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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 08:00

Dagmar L Ame des VikingsEn voilà un que j'ai évité quelques temps après quelques expériences malheureuses dans le genre "film de Vikings dont t'as jamais entendu parler avant son arrivée en DVD en solde". Et puis j'en ai lu une critique élogieuse qui m'a rendu curieux. Je me suis dit que fêter le 5ème anniversaire du blog avec un bon film, ça nous changerait un peu.

Ca se passe en Norvège au XIVème siècle donc ça n'a rien à voir avec les Vikings de ce titre français gentiment débile. En gros c'est comme si Inglourious Basterds avait été rebaptisé Landa, l'âme des Prussiens. Ajoutons à ça le fait que le visage de l'actrice Ingrid Bolso Berdal, pas vraiment une vilaine fille, hein, j'ai raison ou quoi les gars ?, a été photoshoppé à mort pour ressembler à une sorte de monstre asexué, et on a la triste impression que le distributeur avait vraiment peur de ne pas réussir à vendre le film sans avoir à mentir aux gens comme moi. Ayez un peu confiance en nous, bordel. Oui on est des bourrins amateurs de films de brutes en cottes-de-maille qui s'étripent, et en même temps, on peut s'intéresser à autre chose de temps en temps. Pas la peine de faire semblant que c'est une histoire de barbares qui se fightent avec un troll, façon Beowulf. Avouez simplement que c'est un thriller médiéval dont les trois personnages principaux sont des femmes, on va pas tous se sauver en courant pour acheter Berserkers à la place quand même. Les gens lisent mon blog par millions, ils sont prévenus que c'est de la merde.


Dagmar L Ame des Vikings 01
Ingrid Bolso Berdal, vue récemment dans Hercule, n'arbore clairement pas son habituel look de mannequin,
mais on est quand même bien loin du monstre défiguré par lequel le graphiste l'a remplacée sur la jaquette du DVD.


Bon, j'en étais où, moi ? Ah oui donc la Norvège au XIVème siècle, une région post-apocalyptique puisque l'épidémie de peste noire en Europe a laissé derrière elle une campagne déserte, des maisons abandonnées, et des petits groupes de survivants à la merci de pillards sauvages. La jeune Signe voit disparaître toute sa famille dans une attaque de bandits de grand chemin mais se voit épargnée par leur chef, la cruelle Dagmar. Emmenée au campement de ses ravisseurs, Signe comprend que Dagmar ne lui a pas laissé la vie sauve par bonté d'âme : elle ne peut plus avoir d'enfant, mais comme sa fille adoptive Frigg veut une petite soeur, elle va laisser ses hommes se charger d'engrosser la malheureuse adolescente kidnappée. Pas spécialement ravie à l'idée de se faire violer en bande par les brigands qui ont tué ses parents et son frère, Signe va devoir tenter de convaincre Frigg de l'aider à fuir.


Dagmar L Ame des Vikings 04J'ai plutôt tendance à déplorer que beaucoup de films soient trop longs mais ici,
certains éléments comme
la brève apparition d'un vieux guerrier vagabond me font au contraire regretter

que le film n'ait pas pris un peu plus de temps pour les développer.


Dans le genre "film d'aventures moyen-âgeux", faute de budget il semble que beaucoup de cinéastes renoncent à l'option "grande fresque épique" et s'orientent vers la simple traque en pleine nature entre petits groupes. Mais là où les auteurs de Drakkar ou Hammer of the Gods se sont bien vautrés avec des films chiants comme tout, le réalisateur de Cold Prey signe 75 minutes d'une course-poursuite tendue, habilement mise en scène, et dont la force ne tient pas que dans son suspense, puisque les personnages et leurs rapports sont un peu plus complexes et originaux qu'à l'accoutumée. Oh, bien sûr il y a quand même l'habituel groupe de stéréotypes d'affreux barbares (le vicelard obsédé par le viol de sa captive, le costaud un poil simplet, le maigrichon à l'air fourbe). Mais pour une fois ils ne sont pas uniquement motivés par une soif de sang et de richesses, ils sont dans une situation où l'extrême pauvreté de tout le monde les a poussés au crime. En fait il y a un petit côté "lutte des classes", on comprend qu'ils ont une vie encore plus misérable que les honnêtes villageois qu'ils dépouillent. Ils sont contents de pouvoir ramener quelque chose d'aussi "luxueux" qu'un jouet pour enfant dans leur butin. Et puis, même parmi les méchants il y en a un qui est plus sympa, avec plus d'instinct paternel que d'envie de viol.


Dagmar L Ame des Vikings 02Un film qui arrive à être violent et sanglant comme on l'espère d'un truc avec "vikings" dans le titre
(même si, une fois de plus, il n'y a pas de vikings dans le film) tout en laissant la part belle
à de bonnes performances d'actrices, c'est assez rare pour être salué.


Mais comme je disais plus haut, les trois rôles principaux sont féminins, et ce sont les plus intéressants. Dagmar est une méchante avec un passé tragique, qui fait preuve d'un pragmatisme froid et impitoyable tout en se comportant aussi en mère protectrice qui a besoin d'amour. Elle massacre la famille de Signe sans sourciller, mais refuse que ses hommes la maltraitent, mais la destine quand même à un sort horrible, mais fait ça pour faire plaisir à sa fille, mais la terrorise au passage. Signe est l'innocente de service, que les événements vont forcer à s'endurcir, mais pas dans le genre "c'est cool de devenir une guerrière", plutôt "c'est affreux que ma survie dépende de ça maintenant". Elle aimerait arracher la petite à sa vie de merde tout en se demandant si elle n'est pas plus en sécurité parmi les sauvages qui l'ont kidnappée. Frigg peut se montrer tantôt déjà blasée, tantôt encore fragile et enfantine. Elle voit arriver Signe comme une rivale potentielle puis se met à espérer qu'elle peut gagner une grande soeur affectueuse si elle renonce à une maman tordue.


Dagmar L Ame des Vikings 05Alors un truc quand même qui me chagrine dans ce film c'est que moi dans la vie j'aime bien
d'autres couleurs en plus de l'orange brunâtre et du bleu grisâtre mais que c'est malheureusement
les deux seules qu'on est autorisés à voir dans la majorité des scènes.


La majorité des films que je chronique ici me donnent envie de couper au bout d'un quart d'heure et que celui-ci m'a tenu en haleine jusqu'au bout, donc forcément, pour une fois, c'est un achat recommandé. Après je voudrais pas vous le vendre comme un chef-d'oeuvre indispensable, le scénario est basique, certains rebondissements sont prévisibles, le traficotage numérique des couleurs est dégueulasse. Mais c'est vraiment un très chouette petit film d'action et d'aventures, nerveux et tendu sans être bourrin et débile, qui a de quoi séduire le lectorat de Causette sans ennuyer celui d'Impact (ça re-existe toujours Impact ou c'est re-mort ?) et inversement. Pour célébrer cinq années à vous parler de trucs nazes, un bon film c'était peut-être pas le choix le plus approprié, mais moi ça me fait quand même plaisir.

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 09:03

Fire and SwordA cause du titre, je pensais qu'il s'agissait d'une adaptation de Par le fer et par le feu de Sienkiewicz (en gros, Tarass Boulba du point de vue des Polonais) (là si j'avais vraiment des lecteurs je recevrais sûrement 250 commentaires pour me dire "haha non pas du tout"), d'autant que le réalisateur Jerzy Hoffman en a bien signé une. Et comme il y a des Vikings et un drakkar sur la jaquette, je me suis dit que le distributeur français était prêt à nous baratiner pour nous le vendre. En fait, j'avais tort : c'est tiré d'un tout autre roman, lui-même basé sur un conte historico-légendaire, et le fan club d'Odin y joue effectivement un rôle.

Ca se passe au 9ème siècle alors que les Polonais, pas encore convertis au christianisme, vénèrent le dieu-soleil. Le régent Popiel, pour faire plaisir à son épouse arriviste et manipulatrice (vous savez comment son les bonnes femmes hein, j'ai raison ou quoi les gars ?), élimine toute sa famille par la ruse pour se faire proclamer prince. Le chef de ses armées trouve que ça ressemble drôlement plus à un assassinat en masse qu'à un gros accident, et préfère s'exiler. Il fait part de ses soupçons aux clans vassaux qui décident alors de se révolter, mais faute d'avoir choisi un chef, les rebelles sont mis en déroute par Popiel et ses alliés vikings. Alors, par amour pour une jolie prêtresse, un jeune chasseur intrépide va se décider à mener l'insurrection.

Mes incursions dans le cinéma slave et le film avec des vikings ont rarement été très satisfaisantes, mais Fire and Sword est une bonne petite surprise. L'éditeur le compare à Wolfhound, je n'irai pas jusque-là mais c'est clairement mieux que Barbarians ou Prince Yaroslav. L'intrigue est tout à fait compréhensible même pour quelqu'un qui ne connaît rien à l'histoire des pays de l'Est, ce qui n'est pas forcément le cas dans le films susmentionnés, et tout en suivant un parcours relativement classique d'humble guerrier qui devient un sauveur du peuple, recèle son lot de rebondissements et manigances à la Game of Thrones, avec le vieux saligaud (Bogdan Stupka, le Taras Bulba de Barbarians, toujours aussi "subtil" dans son jeu) et sa femme qui enchaînent les coups de pute pour se débarrasser des prétendants au trône, s'assurer l'obéissance de ses vassaux, recruter les services d'ennemis communs pour forcer les mutin à rentrer dans le rang en échange de sa protection.


Fire and Sword 01Nous discutions l'autre jour avec une jeune lectrice du fait qu'au cinéma, l'arc est plutôt une arme de fille,
mais une fois n'est pas coutume, le héros de Fire and Sword est meilleur archer que bretteur.


Les personnages sont intéressants, pas aussi prévisibles que peuvent l'être les héros légendaires. Bien sûr le beau gosse (un genre de Brad Pitt polonais) et la jolie nana (qui a tourné en France pour le frère d'Agnès Jaoui) tombent amoureux, mais leur relation est originale, peut-être tout simplement parce que le réalisateur n'a pas tenu à en faire un couple moderne comme il est d'usage aujourd'hui dans les films d'époque, et a accepté qu'au Moyen-Âge, les sujets de Confessions intimes étaient du genre "Mon mari m'a enlevée à ma tribu", "Chérie, choisis, c'est le Dieu-Soleil ou moi !" ou "Ma femme passe trop de temps chez la sorcière". La fille ne se jette pas dans les bras du gars mais ne fait pas non plus la pimbêche pas intéressée, elle a un serment familial à respecter et s'y tient avec une ferveur farouche. Son soupirant, de son côté, a décidé que l'affaire était conclue même s'il fallait passer par un enlèvement pour ça. Ce qui est d'ailleurs lié à un aspect de sa personnalité qui le distingue de l'archétype du héros récalictrant à la Yan Solo : ce n'est pas le genre cowboy solitaire cool qui joue les blasés cyniques parce qu'il est trop fier pour avouer qu'il a un coeur d'or. Il a un côté "petit con capricieux et égoïste" pas forcément sympathique mais atypique. Quand il commence par refuser d'aider la rébellion, ça n'est pas seulement parce que "c'est pas sa guerre" : c'est parce que "si je peux pas baiser votre soeur, allez vous faire foutre".


Fire and Sword 02En même temps, comme c'est la main de cette jolie petite-là qu'on lui refuse,
je comprends qu'il fasse la gueule, hé j'ai raison ou quoi les gars ?


Bon et alors là vous me direz que quand on regarde ce genre de film, c'est aussi parce qu'on aime voir des brutes en cotte de mailles se défoncer à coups de hache. Là-dessus, il faut être honnête : visiblement le budget pour les figurants, les costumes et les accessoires était tout à fait correct, et le réalisateur ne s'est pas contenté de simplement filmer des cascadeurs en train de courir et se taper dessus n'importe comment, il a essayé de mettre les batailles en scène de façon à ce qu'on puisse en suivre clairement le déroulement, et malgré ça, ça garde un petit côté "téléfilm" plutôt que "grande épopée cinématographique". C'est pas raté, et c'est brutal (je précise au passage que ça n'est pas vraiment un film d'aventures familial, certaines scènes sont très sanglantes), mais ça n'est jamais hyper spectaculaires et c'est parfois un peu gâché par des effets spéciaux catastrophiques. Et tant qu'on parle de trucs ridicules, les maquillages de certains personnages secondaires, façon Gargamel ou Brigitte Bardot, jurent un peu avec le reste. Même s'ils ont délibérément été introduits comme éléments comiques, c'est pas vraiment un ajout très bienvenu au film, et pourtant je suis le premier à me plaindre quand une série B se prend trop au sérieux.


Fire and Sword 03On n'est heureusement pas face aux affrontements sans queue ni tête de Barbarians,
mais ça n'a pas non plus l'ampleur de la Bataille du Gouffre de Helm ou de Braveheart.


Ca reste un achat que je recommande aux amateurs d'heroic fantasy ou plutôt de médiéval-fantastique (enfin, vaguement fantastique). Enfin, à condition que de ne pas être allergique à la VF ou de comprendre le polonais, vu que la VO est proposée sans sous-titres sur le DVD. C'est clairement pas un grand film, mais il est largement au-dessus de la majorité des direct-to-video bidons avec des barbares ou des chevaliers que j'ai eu l'occasion de chroniquer ici depuis 5 ans..

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 09:38

Cercle de ferMême si j'ai conscience d'être un peu à la bourre sur ce coup, comme je suis un mec très classe j'ai décidé que l'actualité récente serait l'occasion de rendre hommage aux grands pendus du cinéma. Pour cela je vous propose un obscur film avec David Carradine, qui n'a pas piqué que la série Kung Fu à Bruce Lee, puisque Cercle de Fer (à ne pas confondre avec Ring d'acier) était également un projet du Petit Dragon, mort avant d'avoir pu le concrétiser. Le film existe en DVD sous diverses jaquettes (parfois avec une légère variante du titre, Le Cercle de fer, parfois en pack avec Knights), l'édition que j'ai fait partie de ces produits douteux pour solderies qui m'ont fait créer ce blog au départ, avec une qualité de transfert assez médiocre, que la VF, des bugs (ici, toute une scène qui est zappée automatiquement à la lecture, et qui n'a pas de son quand on revient en arrière pour tenter de la visionner) et l'impression générale qu'un mec a fait ça chez lui à partir d'une VHS sans l'autorisation des ayants-droit pour le revendre à la sauvette.

L'idée de Bruce Lee était de raconter une histoire pleine de violence et de sexe qui rende les légendes et la philosophie orientales plus accessibles au public occidental. Réécrit par James Coburn et le scénariste de La Tour infernale, et produit sans la participation de Bruce Lee en 78, le résultat final ressemble à une adaptation de film d'arts martiaux chinois sous forme d'heroic fantasy italienne des années 80, où le rôle du culturiste benêt serait tenu par le type qui jouait le psy de Sue Ellen dans Dallas (ce qui n'évoquera absolument rien à 99% de mes 5 lecteurs) plutôt que par Lou Ferrigno et où David Carradine jouerait tous les personnages secondaires, sous différents postiches et maquillages.


Cercle de fer 01Les puristes regretteront sans nul doute l'impossibilité de visionner correctement
la séquence où Eli Wallach explique à Musclor son projet pour faire fondre ses coucougnettes.


Au début de l'aventure, notre héros (qui aurait pu être l'inspiration pour Arok le Barbare, ou le modèle de ces figurines bon marché qu'on trouvait dans les bazars quand j'étais p'tit, qui copiaient Les Maîtres de l'Univers et Conan) se voit refuser la victoire lors d'un tournoi de bagarre où il a défoncé tout le monde, sous prétexte qu'il ne combat pas honorablement. Il décide du coup de suivre le gagnant, qui a remporté le droit de partir en quête d'un livre légendaire, censé détenir toutes les connaissances du monde. Et bien lui en prend, puisqu'il peut ainsi reprendre le flambeau quand le champion se fait tuer en chemin. Les obstacles à franchir pour parvenir au livre sont en effet particulièrement difficiles, et sans l'aide d'un mystérieux joueur de flûte aveugle, le brave bourrin pourrait bien se retrouver hors course à son tour.


Cercle de fer 02Rahan qui se fritte avec un croisement de Greystoke et Ric Flair,
avouez que c'est pas dans Game of Thrones que vous verrez ça.


Un couillon blondinet en pagne avec un sourire et une chevelure de starlette de soap opera, David Carradine en maître bouddhiste énigmatique qui pète le nez d'un môme pour lui apprendre la vie, David Carradine en chef d'une tribu d'hommes-singes, David Carradine en panthère noire, ou bien encore David Carradine en danseuse orientale à moustache (ou en personnage d'Iznogoud peut-être ?) mais aussi Christopher Lee en Grand Schtroumpf en chemise de nuit, voilà les attractions principales de Cercle de Fer, petit nanar sympathique entre Zardoz (en moins prétentieux) et Les Barbarians (en moins ouvertement comique). Forcément ceux qui achètent en espérant un vrai film de kung fu parce que la jaquette proclame fièrement "D'après un scénario de Bruce Lee" risquent d'être déçu, vu que les scènes de combat n'impliquent que des acteurs et cascadeurs qui ne pratiquent pas réellement les arts martiaux et se contentent donc de mimer des affrontements tandis que la caméra peine à masquer leur manque de compétence en la matière.


Cercle de fer 03Les combats sont mis en scène de façon à exploiter les talents de danseur (réels) de David Carradine
plutôt que les compétences en arts martiaux (à peu près inexistantes) des protagonistes.


C'est cheap, pas très bien joué, assez con-con et tellement impossible à prendre au sérieux qu'on finit par se dire que c'est une parodie involontaire de ce que l'auteur original avait en tête à la base. Les costumes et postiches improbables donnent l'air ridicule à quasiment tous ceux qui entendent enseigner un peu de philosophie au héros (à l'exception du flûtiste aveugle, assez sobre), qui pour sa part se montre exaspéré ou moqueur envers toutes les leçons de sagesse qu'il reçoit. Et si la conclusion essaie de nous convaincre que la brute arrogante du début a évolué en être éclairé, les faits semblent plutôt dire que dans la vie, l'éveil spirituel ça va bien cinq minutes mais ça ne remplace pas le muscle et les poings dans la gueule.


Cercle de fer 04"Ha ha ha, 'la clé de l'éveil est en toi', mais qu'il est bête celui-là alors !"


Je me suis bien amusé devant malgré tout, mais c'est vraiment plutôt destiné aux amateurs de série B/Z kitsch et de films un peu originaux et fous qu'à ceux qui cherchent de l'heroic fantasy ou du film d'arts martiaux de bonne qualité. C'est crétin, et proposé dans une édition honteuse, vous êtes prévenus. Avec tous ces films à gros budget modernes super sérieux et dramatiques ou le moindre hobbit, barbare ou fermier changé en guerrier doit sauver le monde entier sans jamais sourire, moi, un truc comme ça, ça me détend. Et dans le bac à 2€, il vaut mieux ramasser ce genre de bizarrerie qu'un téléfilm d'action ou d'horreur pouilleux comme il y en a tant.

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 11:02

DrakkarSous cette jaquette et ce titre mensongers se cache, comme d'habitude, non pas la grande épopée sanglante que tu espères sans trop y croire en l'achetant, mais un téléfilm sur une poignée de barbus malpropres qui vadrouillent dans la campagne anglaise où tout est dans des tons gris et bruns délavés parce que le Technicolor c'était bon pour les Vikings de tes parents, mais dans le cinéma moderne on est sombre et réaliste steuplé. D'ailleurs ça démarre toujours par un texte à l'écran qui te garantit la véracité historique de ce qui va suivre, c'est dire si ça rigole pas.

Nous sommes cette fois à la fin du 8ème siècle et une horde de cinq Vikings envahit le nord de l'Angleterre. Ayant entendu parler des aventures magiques d'un certain "Christ", leur roi est persuadé que détenir le livre qui les raconte lui confèrera un grand pouvoir. Mais les moines des environs, pour une raison qui m'échappe, ont décidé qu'il était hors de question d'évangéliser ces païens bourrus et deux d'entre eux s'enfuient donc avec leur précieuse bible sous le bras pour éviter que les exploits de Jésus ne convertissent les méchants barbares nordiques au christianisme.

J'attends bien sûr qu'un historien de mes couilles vienne me contredire en m'expliquant qu'il a lu sur Wikipédia que l'Evangile de Lindisfarne n'était pas n'importe quelle bible mais un livre super précieux et important, mais je me permets de penser que la base de l'intrigue reste assez crétine malgré ça, parce que la valeur du bouquin ne justifie toujours pas le fait que les prêtres préfèrent le cacher plutôt que d'essayer de retourner la situation à leur avantage en ralliant les envahisseurs à la cause chrétienne. Enfin, de toutes façons, comme il n'y avait pas vraiment de sous dans la caisse pour faire un vrai film, l'aventure se limite à "deux petits groupes d'acteurs de troisième zone arpentent la lande et de temps en temps, une bagarre permet d'en avoir un de moins à payer". Occasionnellement un brigand ou une secte de Juggalos tente de briser la monotonie mais n'empêche pas de se faire copieusement chier d'un bout à l'autre même si l'idée générale est que dans la vie, la prière et le pacifisme ça va bien cinq minutes, mais à un moment donné un vrai bonhomme ça doit prendre les armes et péter des tronches.


Drakkar 051H25 dans des tons caca au cas où t'aurais pas compris
que le Moyen Âge c'était une période sombre où on ne rigolait pas trop.


Ca rappelle le médiocre Hammer of the Gods mais ça le ferait presque passer pour un bon film en comparaison tellement c'est indigent et mal filmé. Outre la présence de l'acteur Michael Jibson, le côté minable de cette invasion sans armée, et cette espèce de monochromie qui semble être l'unique alternative que les réalisateurs ont trouvée à l'excès d'"orange et bleu", on trouve ici aussi un message anti-religieux, et on sent que l'auteur a vraiment un compte à régler avec l'Eglise puisqu'en plus des discours sur "vous feriez mieux de protéger le peuple plutôt que votre livre" ou "c'est pas vos belles paroles qui vont guérir les malades" ou "haha tu vas mourir, où est ton Dieu maintenant hein ?", il a tenu à inclure une scène où le vieux moine se fait violer par un Viking sadique, qui semble plus être là pour dire "c'est une punition bien méritée" que "regardez comme ces barbares sont sans pitié". Bon, moi, vous me connaissez, je suis pas spécialement ni une âme sensible ni un cul-bénit, mais je suis pas sûr que montrer un vieillard en train de se faire fracasser le fion par une brute en cotte de maille tire le film vers le haut.


Drakkar 03Ah putain les salauds, ils ont même crucifié Heisenberg.


Que dire de plus... Ce genre de film, c'est à se demander si certains éditeurs de DVDs font d'abord concevoir une jaquette vendeuse par leurs graphistes, puis trouvent un stagiaire pour tourner, pour le moins cher possible, 85 minutes vaguement en rapport avec. Faut vraiment que les couillons comme moi apprennent à réfréner leurs "ouah cool, une histoire de Vikings dans l'offre à 3 pour 20€, je prends !" face aux rayons de films en soldes, parce que sans ça, ils vont continuer. En attendant ben voilà, maintenant que j'ai sauté sur la grenade, vous êtes sauvés, vous savez qu'il faut éviter cette sombre merde à tout prix.

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 08:27

BarbariansAh, chouette, un film de barbares, c'est cool vu que ça ne se fait plus trop depuis les années 80 et toutes ces séries B pas terribles qui ont voulu surfer sur le succès de Conan le Barbare. Enfin justement il y a bien eu un nouveau Conan le Barbare récemment mais ça a été un gros bide, alors c'est cool de voir a quand même... ah, non, excusez-moi, en fait c'est seulement que le distributeur français s'est dit que ça se vendrait mieux sous ce nom de Barbarians qu'en gardant tout simplement le titre original Taras Bulba. Faut comprendre, être associé à un truc chiant comme un film d'avant 2005 ou pire, un livre, c'est pas facile.

Mais c'est donc un film sans culturistes en pagne qui se défoncent au glaive et à la hache. C'est une adaptation du roman de Gogol par un cinéaste russe qui semble avoir plus confiance dans la culture de ses spectateurs potentiels que l'éditeur du DVD, vue sa façon de raconter l'histoire comme si on la connaissait déjà. Mais au cas où comme moi vous n'avez ni lu le bouquin ni vu la version avec Yul Brynner, le début de l'intrigue du film donne à peu près ça : au XVIème siècle, les Polonais contrôlent l'Ukraine, et le vieux cosaque Tarass Boulba s'est résolu à déposer les armes et mener une vie rangée sur ses terres. Il accueille ses fils séminaristes qui rentrent de Kiev, et trouve qu'ils ont un peu viré tapettes lors de leur séjour chez ces salauds de polaks. Il décide alors qu'il est temps d'abandonner cette existence paisible, de rejoindre les indépendantistes zaporogues, et de les manoeuvrer habilement pour les pousser à rompre leur trève avec l'occupant. Ses fils choisissent de l'accompagner pour prouver que ce sont eux aussi de vrais Russes qui en ont dans le
brjúki. Après trois quarts d'heure de film pendant lesquels il ne se passe vraiment pas grand'chose de plus que ça, les cosaques sont enfin sur le sentier de la guerre, mais lors du siège d'une forteresse ennemie, l'un des fils Boulba apprend que la petite pouliche polak qu'il a tripotée en douce pendant ses études fait justement partie des habitants en train de crever de faim du mauvais côté des remparts. N'écoutant que son courage, sa générosité et sa teube, il s'introduit dans le château avec des provisions et passe à l'ennemi pour les beaux nichons yeux de sa blondinette. Mais ni sa trahison ni les sanglantes défaites à venir n'affaibliront la volonté de Tarass Boulba de bouter l'envahisseur.


Barbarians 07Rendez-vous compte, les Polonais sont tellement des sauvages que quand on les affame,
non seulement ils mangent leurs chevaux mais en plus ils ne prennent pas la peine de les cuire avant.


Ca voudrait clairement être le Braveheart russe mais ça n'est qu'un mauvais film de propagande qui passe deux heures à répéter que les Russes sont les plus forts et courageux, que la religion orthodoxe est la seule vraie religion, que les Polonais sont des enfoirés d'hérétiques et que les Juifs sont couards et cupides (mais attention hein c'est progressiste quand même : ils sont couards et cupides, MAIS ils ont le droit de vivre malgré tout). Les producteurs n'ont pas lésiné sur les moyens : il y a des dizaines voire centaines de figurants, cascadeurs et cavaliers ; les costumes, armes et armures sont de belle qualité ; mais tout ça sert moins à raconter une grande épopée tragique qu'à simplement nous asséner en boucle que malgré tous les obstacles qui se dresseront sur le chemin de la Sainte Russie, un jour un puissant tzar va bien niquer sa race au reste du monde. Allez savoir, y a peut-être un rapport avec le fait que le réalisateur a été financé par la télé publique à la solde du gouvernement Medvedev-Poutine.


Barbarians 08Apprends en t'amusant : le Dniepr est un fleuve d'Europe de l'Est, long de 2200 km, qui se jette dans la Mer noire.


Alors après, un film partisan, patriotique, idéologiquement discutable peut quand même être réussi, voire être un très bon film. Il n'y a pas besoin d'être du même bord politique que Clint Eastwood ou John Milius pour apprécier leur cinéma. Mais Barbarians n'est sauvé ni par son scénario, ni par sa mise en scène, ni par la force de ses personnages. Le discours empiète trop sur l'histoire, comme j'ai dit il faut attendre un looooooooong moment avant que l'intrigue se mette vraiment en marche parce que tout le monde est très occupé à discuter sur la bravoue russe et la beauté de la foi orthodoxe, et ensuite même pour les plus patients qui ont réussi à ne pas s'endormir avant les batailles, ça continue, chaque fois qu'un personnage russe encaisse une lance dans le bide il prend quand même 30 secondes avant de mourir, le temps d'expliquer qu'il ne regrette rien parce que la Russie et l'orthodoxie sont éternelles et vaincront la racaille polono-infidèle. Ca casse un peu le rythme et c'est vite répétitif (tout comme les plans sur des lames ouvrant des blessures, auxquels on a droit à chaque mort aussi).


Barbarians 04

"Et quand celle sale guerre... sera finie... dites à ma femme... de se méfier... de cette crapule... de Shlomo... Arrrrgh..."


Cela dit, même sans ça, les scènes d'action ne sont quand même pas bien fameuses. Les différentes phases des combats s'enchaînent maladroitement, on a toujours du mal à suivre l'évolution de la situation, quel camp est en train de gagner, à quoi riment les différentes manoeuvres. Les historiens se satisferont peut-être de l'authenticité des équipements, les nanardeurs rigoleront un peu en voyant certains figurants faire n'importe quoi en espérant que ça ne se voit pas parce qu'ils sont en arrière-plan (tant qu'on est dans le sujet des éléments gentiment ridicules, je me permets un apparté : si vous ne saviez pas que les Russes ne doublent pas les films étrangers, mais font parler un interprète par-dessus les dialogues d'origine, un seul pour tous les personnages et qui débite robotiquement toutes les répliques, vous le découvrirez ici dans les scènes où les Polonais discutent entre eux, c'est du plus bel effet, vraiment), mais même si c'est moins ennuyeux que les discours, ça n'est franchement pas réussi. On s'implique évidemment d'autant moins dans ces affrontements qu'il n'y a pas l'ombre d'un personnage intéressant, pas même Tarass Boulba, joué par le Depardieu ukrainien et qui fait vraiment figure de vieux con borné plutôt que de vaillant héros.


Barbarians 02Malgré sa bonne tronche d'ivrogne, tellement belle qu'elle aurait mérité d'être dessinée par Goossens,
difficile de s'attacher à ce vieux salaud donneur de leçons qui décide d'aller assister à l'exécution de son fils
juste pour vérifier qu'il encaisse la torture sans crier, comme un vrai cosaque.


C'est évidemment très long, encore un de ces films qu'il a fallu que je me force péniblement à finir pour éviter d'en faire une chronique malhonnête basée sur une demi-heure d'ennui profond. Moi qui espérais naïvement quelque chose dans la veine de Wolfhound je me suis bien planté, ça ne vaut même pas le très moyen Prince Yaroslav, c'est 125 minutes de pub bien chiante et assez puante pour la guerre sainte orthodoxe et la beauté de l'âme russe, avec une intrigue racontée n'importe comment et une réalisation friquée (pour une production européenne, en tout cas) mais médiocre. Si vous faites une thèse sur le nationalisme russe, ça peut servir de pièce à conviction, mais pour le cinéphile moyen c'est 5€ et 2 heures de foutus en l'air.

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Fais pas ta pute

Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

Goldmembers

goldmemberMC Jean Gab'1 n'est pas une putain, retiens-le bien, mais ça vous le saviez déjà. Mais d'autres gens ici n'ont pas fait leur pute, et contribué à l'effort de guerre. Grâce soit donc rendue en ces lieux à :

-Artemis
-jakbonhom
-Mahg

-Sheep Tapes
-Snowman
-Super Menteur