Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 11:05

Dans la série "les petits films d'horreur un peu oubliés depuis qu'il n'y a plus de vidéoclubs pour les promouvoir", il me semble qu'Amsterdamned fait un bon candidat pour succéder à Critters et Maximum Overdrive. En fait il a probablement été un peu plus oublié que ces deux-là, d'ailleurs. Mais à l'époque de sa sortie, il bénéficiait encore de l'aura de son réalisateur Dick Maas, lauréat du Grand Prix du festival d'Avoriaz en 1984 pour L'Ascenseur. On te recommandait ça comme on te recommande aujourd'hui des choses comme Mister Babadook, de l'horreur "intelligente", du thriller psychologique et pas du slasher hollywoodien débile. Comme son titre l'indique assez bien, ça se passe à Amsterdam, qui pour les non-consommateurs de stupéfiants et de prostituées est une ville célèbre pour ses canaux. Un tueur aquatique y rôde la nuit à la recherche de victimes sur les quais ou les bateaux. Les cadavres plus ou moins horriblement mutilés se succèdent à la morgue, le seul témoin est une vieille folle qui prétend avoir vu un monstre, et la police ne dispose que d'une seule piste qui risque de ne pas mener loin : le coupable fait de la plongée sous-marine. En tentant d'exploiter cet indice plutôt maigre, l'inspecteur Eric Visser fait la connaissance d'une accorte plongeuse et de son onctueux psychanalyste. La vie de flic célibataire en blouson de cuir étant ce qu'elle est, il se met en tête de baiser l'une et soupçonner l'autre, ce qui ne fait pas beaucoup avancer l'enquête...

Un tueur sous-marin, des poursuites en bateaux, c'est pas quelque chose qu'on voit souvent ni dans les polars ni dans les films d'horreur. Amsterdamned exploite autant qu'il peut la spécificité de son décor, et rien que pour ça, si vous vous intéressez un tout petit peu au cinéma de genre, ça en fait une curiosité qui mérite qu'on y jette un oeil. Malheureusement, j'aurais préféré un bon film qu'un simple objet de curiosité. Mais le fait est qu'au-delà de son exotisme, Amsterdamned n'a pas grand'chose à offrir. L'intrigue, par exemple, n'est pas folichonne. Comme il n'y a aucun lien entre les meurtres et pas assez d'indices, l'enquête se résume un peu à une série de constatations d'échecs. Les scènes de meurtres parviennent à rester intéressantes malgré leur accumulation parce que le tueur change ses méthodes d'une fois sur l'autre, mais chaque fois qu'on passe au point de vue des flics, c'est à peu près toujours de l'ordre de "Zut alors, encore un meurtre qu'on n'a pas pu empêcher parce qu'on a vraiment zéro idée de qui a pu faire ça, y a plus qu'à espérer qu'on le prenne en flagrant délit".
 


Avouez que ça change agréablement des films où New York est à Vancouver.


Et le problème c'est que le personnage de l'inspecteur Visser, avec lequel on passe beaucoup de temps, n'a pas vraiment la trempe d'un héros de cinéma. En fait, même pour une série télé, ce serait plutôt le genre que France 3 diffuse pour occuper les maisons de retraite l'après-midi. Il manque de personnalité, toutes les scènes censées lui en donner ne font qu'exploiter des lieux communs : le flic bourru qui fait son boulot à sa manière sans prendre de gants, le solitaire qui n'a pas su sauver sa vie de couple mais reste un bon père... L'acteur n'est pas super charismatique, sa dégaine d'instituteur déguisé en Serpico a particulièrement mal vieilli. On sent bien qu'il a donné de sa personne dans certaines scènes d'action, mais en dehors de ça, c'est vraiment "Derrick à la cantine". Ses collègues ne font guère plus que de la figuration intelligente, quant aux suspects potentiels, ils sont introduits si tôt qu'on se doute que ce sera une fausse piste. Et effectivement, le film exploite cette unique fausse piste jusqu'au dernier acte où, enfin, des faits impossibles à deviner pour le spectateur sont dévoilés.
 


On pouvait craindre qu'un simple homme-grenouille ne fasse pas un très bon tueur de cinéma,
mais le petit côté "Créature du Lac Noir sadomaso" du costume fait qu'il fonctionne plutôt bien.


Entre le manque de rebondissements, certains passages trop longs (ah, le "suspense" de l'écluse qui n'en finit plus de se vider...) ou superflus, les moments de comédie ringarde (oh non, les déménageurs traversent la rue avec un objet fragile juste au moment où la voiture arrive à toute allure !), Amsterdamned ne parvient jamais à trouver un rythme et un ton satisfaisants. Les poursuites ne suffisent pas à en faire un thriller palpitant, ni quelques morts bien brutales à en faire un film d'horreur mémorable. Reste l'aspect insolite : c'est pas tous les jours qu'on voit des poursuites avec une Golf, des chevaux, une moto, un hors-bord. Ou qu'on a l'impression que l'acteur principal aurait vraiment pu crever pendant une cascade. Ou qu'une baigneuse se fait poignarder la chatte à travers son matelas gonflable. Ou que la "version originale sous-titrée" proposée sur le DVD est en réalité une version anglaise doublée par des acteurs néerlandais avec des accents à couper au couteau. Alors voilà, ça n'est pas complètement dénué de charme, mais c'est clairement pas indispensable.

 



--------------------------------------------------------
Amsterdamned (1988), écrit et réalisé par Dick Maas (L'Ascenseur). Avec Huub Stapel (Paradis Express), Monique van de Ven (Turkish délices), Serge-Henri Valcke (No Man's Land), Hidde Maas (Night Watch), Wim Zomer (Vincent et moi).

Repost 0
7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 08:30

Parmi les sous-genres de l'horreur dont j'essaie de dénicher un représentant tous les ans pour la sélection d'octobre, il y a évidemment l'horreur avec des femmes à poil. Attention hein je ne parle pas du genre "traditionnellement il y a toujours une paire de seins dans les Vendredi 13", je parle de choses comme Pervert! ou Emanuelle et les derniers cannibales, où la femme à poil est l'élément principal du film, pas un simple bonus. Il faut avouer que c'est plus facile à trouver que des films d'horreur pour enfants. Cette fois-ci, j'ai choisi  Hollywood Chainsaw Hookers, sorti en France l'an dernier chez Crocofilms, un nouveau venu dans le domaine de l'édition de cinéma bis. Même si Massacre à la tronçonneuse peut sembler être la source d'inspiration évidente (d'ailleurs le Leatherface original, Gunnar Hansen, joue dans le film), c'est plutôt une espèce de parodie sexy de Blood Feast, le fameux "1er film gore de l'histoire du cinéma". A Los Angeles, un détective privé tente de retrouver une pettie provinciale ayant fui le domicile familial. Présumant avoir affaire à une jouvencelle naïve, il oriente ses recherches vers les nuits chaudes d'Hollywood, où tant de petites fugueuses au physique avantageux finissent exploitées. L'enquête se révélera beaucoup plus surprenante et dangereuse que prévu, car depuis quelques semaines, les prostituées du coin ont pris l'étrange et fâcheuse habitude de s'occuper de leurs clients à coups de tronçonneuse...

Le héros a l'air d'un vendeur de chaussures, les filles sont jolies mais pas vraiment actrices, les costumes sont minables, la même pièce aux murs blancs, filmée sous différents angles et avec du mobilier différent ressert aux trois quarts des décors, un bar à strip teaseuses, un commissariat... Pas de doute, c'est un nanar et ça ne cherche pas à s'en cacher. Et si bien souvent, les gens collent avec indulgence l'étiquette de "nanar volontaire" sur des navets insipides sous prétexte que "c'est de la merde mais c'est fait exprès !", pour ma part je ne pense pas qu'assumer sa nullité suffise à l'excuser. Cela dit, de temps en temps, un réalisateur de grosse couillonnade à petit budget un peu moins paresseux et un peu plus imaginatif que les autres se donne la peine d'essayer de divertir son public pour de vrai, et on obtient quelque chose qui pourrait mériter le fameux label. Et donc, même si Hollywood Chainsaw Hookers est super cheap et délibérément débile, je dois admettre qu'il est effectivement sympathique et rigolo, parce que l'auteur a fait un peu plus qu'espérer que la simple idée de putes à tronçonneuse soit si hilarante en soi qu'elle suffise à amuser pendant 75 minutes. Chaque scène amène son lot d'idées absurdes, de gags plus ou moins crétins, de petits détails saugrenus, le tout sur un ton faussement sérieux imitant celui d'une histoire de détective classique.
 


Le film accentue volontairement son côté ridiculement fauché avec des accessoires
comme des panneaux en carton, ou encore du faux sang qui ressemble à de la flotte à peine colorée.


Je ne voudrais pas vous le sur-vendre quand même, parce que ça reste un film con sur des femmes à poil avec des tronçonneuses. Pour un amateur de séries Z c'est drôle mais les blagues ne sont jamais très élaborées. Pour vous dire : la plupart des avis que j'ai pu lire racontent un élément qui n'est dévoilé qu'à la moitié du film et, si je ne vais pas prétendre que ça gâche l'intrigue, vu que c'est clairement pas à regarder comme un vrai thriller sérieux avec une vraie histoire, moi je préfère ne rien vous dire dessus, parce que j'aurais l'impression d'éventer l'aspect le plus fantaisiste du film. Bien sûr, c'est tentant d'en parler pour prouver à quel genre qu'on a affaire à quelque chose de bien délirant, mais le fait est que si je vous révèle ici les motivations des prostitueuses, sur le moment vous allez vous dire "hahaha, n'importe quoi, c'est trop con !" et ça va peut-être vous donner envie de le voir, mais une fois devant ça vous fera moins marrer parce que l'idée n'est pas poussée plus loin que ce que je pourrais vous en dire dans une brève description.
 


Tant que vous n'en avez pas des attentes démesurées par rapport à un film intitulé

Hollywood Chainsaw Hookers, vous devriez en avoir pour votre argent :
oui il y a des nichons, oui il y a des outils qui font bzzzz bzzzz, oui c'est merveilleusement idiot.


C'est bébête, c'est beauf, c'est plutôt à regarder entre garçons, c'est à peine un film d'horreur tant même les scènes gore sont clownesques, et ça souffre de quelques baisses de régime. Mais en même temps, ça s'appelle Hollywood Chainsaw Hookers donc il faut bien se douter que ça ne va pas être un trésor oublié du cinéma mais une grosse connerie. Alors, peut-être bien que quelqu'un comme Lloyd Kaufman aurait réussi à en faire quelque chose d'encore plus fou mais peut-être aussi que quelqu'un comme Charles Band en aurait fait quelque chose de complètement inintéressant, alors parfois, il faut savoir apprécier ce qu'on a. Je n'avais jamais vu aucun des 139 films de Fred Olen Ray et j'ai été agréablement surpris de constater qu'il n'était pas aussi mauvais que son fils Christopher, dont j'ai subi les lamentables Almighty Thor et Shark Week. Il travaille avec des scénars et des budgets tout aussi indigents, mais lui, il essaie de s'amuser un peu avec tout ça. N'en espérez pas un chef d'oeuvre subversif du cinéma d'exploitation, vous seriez déçu, mais il y a de quoi passer un meilleur moment que devant une bouse comme Bikini Bandits.

 

-----------------------------------------
Hollywood Chainsaw Hookers (1988), réalisé par Fred Olen Ray (Scalps) sur un scénario de BJ Nestles (L'Invasion des cocons). Avec Jay Richardson (Komodo vs Cobra), Linnea Quigley (Creepozoids), Michelle Bauer (Naked Instinct), Gunnar Hansen (Massacre à la tronçonneuse).

Repost 0
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 08:44

Apparemment, l'éditeur français de Jungle Ground ne croit pas suffisamment en la notoriété de Roddy Piper auprès des amateurs de direct-to-video pour afficher sa bobine et son blaze sur la jaquette. Mais c'est bien lui la vedette de ce téléfilm de 1995, réponse canadienne à la mode des "films de ghetto" de l'époque, mais plus proche des Guerriers de la nuit dans son intrigue et sa vision fantasmée du monde des gangs. Jungle Ground se déroule en effet dans ce qui était le décor de tous les beat'em up des années 90 (et, de nos jours, celui des discours politiques sur l'insécurité) : une grande zone urbaine sinistre entièrement dédiée au crime sous toutes ses formes, "où même la police n'ose plus aller", où des centaines de jeunes marginaux se sont organisés en véritable armée pour célébrer ensemble leur amour des coiffures punks, des blousons en cuir, des jeans déchirés, des bracelets à clous, de l'éclairage par barils enflammés et des surnoms comme "Viper", "Razor" ou "Pitbull". Piper joue un flic contraint de participer à une mission sous couverture qui tourne rapidement au désastre. Capturé par les "Ragna-Rockers", le gang qui contrôle cette zone de non-droit que la VF (que je suppose québécoise parce que les personnages appellent une soirée une "partie" et utilisent des vannes aussi percutantes que "t'as bu ou t'as soif ?") appelle "Cité Noire", il devient la proie d'une chasse à l'homme et doit parvenir à quitter les bas-fonds sans aide extérieure avant le lever du jour s'il veut revoir sa copine vivante.

Dans la vraie vie, Toronto est apparemment l'une des grandes villes les plus sûres du continent américain. Et c'est rigolo de penser que malgré ça, il y a 20 ans, des gens de là-bas se sont quand même dit, vraisemblablement après avoir vu Boys N The Hood ou Menace II Society, "tiens, nous aussi je parie qu'on a des quartiers difficiles où tout le monde est un délinquant et s'entretue à coups de Uzi, on devrait faire un film qui se passe dans cet univers !" Même si le début se présente comme un polar sérieux, assez rapidement on comprend que ça ne prétend clairement pas dépeindre quoi que ce soit de façon réaliste. C'est pas un drame social, ça n'a pas de "message", c'est ce qu'on pourrait appeler de la "ghettosploitation", un film d'action qui surfe sur une mode. Notez que je dis pas ça comme une critique hein, au contraire. Ca aurait été difficile de tenter de dire un truc sérieux sur la misère, l'injustice et la violence tout en dépeignant les quartiers pauvres du Canada comme des coupe-gorge dont les habitants
n'ont pas attendu l'apocalypse pour vivre comme dans un Mad Max. Jungle Ground se contente donc d'imaginer ce qui se passerait si Roddy Piper était le héros de Double Dragon.
 


Dans le monde pittoresque des gangs de rues imaginaires, le Uzi ne sert pas à faire des "drive-by"
contre les bandes rivales, c'est un accessoire à munitions illimitées pour ados rigolos en rollerblades.


Le charme du film réside dans cette improbable "Cité Noire", avec sa bande des Rockers qui ressemblent moins à un vrai gang criminel qu'aux Juggalos, ou aux Cobra de GI Joe : c'est multiethnique, mixte, ils ont leur logo sur les murs de leur QG, leurs fringues, leurs véhicules, et même si leur thème officiel c'est la mythologie nordique, ils restent assez inclusifs pour avoir un mec qui porte un stetson et des six-coups, un gamin en rollerblades qui se prend pour un animateur télé, et des gens qui s'appellent "Diesel" ou "Spider" aux côtés de "Thor", "Loki" et "Troll". Et leur chef Odin (prononcé "Odine" par les doubleurs québécois), qui ressemble à une sorte de sous-Billy Idol, a même des tueurs jumeaux à sa solde ! Franchement, il ne leur manque plus qu'une ligne de figurines articulées à leur effigie. Bon, on ne sait pas trop de quoi vit tout ce petit monde, parce que dans un quartier comme le leur il ne reste personne à dépouiller, qu'ils rejettent violemment le trafic de drogue et qu'en dehors des putes (au grand coeur, bien sûr) et de leur mac personne ne semble avoir un travail, mais ils ont quand même une économie qui visiblement fonctionne bien puisqu'en plus de leurs gilets en cuir personnalisés ils ont des tonnes d'armes et de munitions, détruisent leurs propres bagnoles pour se divertir, et ont même une espèce de marché dans leur base où les membres peuvent se procurer des fruits et légumes.
 


Ceux qui ont joué à Streets of Rage sur Megadrive il y a 20 ans savent que les piles de pneus
servent à cacher des poulets rôtis pour récupérer de la vie après une bagarre.


A côté de ça, on pourra regretter que Roddy Piper soit un peu terne, avec un personnage de flic relativement banal. Je suis tenté de croire que c'est en partie la faute, une fois de plus, d'un doublage pas terrible (et évidemment, il n'y a pas de VO sur le disque). Mais il faut dire aussi que des intrigues secondaires à peu près inutiles limitent son temps de présence à l'écran et donc la possibilité de rendre son rôle plus intéressant. Le pervers qui drague sa copine, les flics qui viennent enquêter sur les lieux de son opération ratée (dans la zone où ils sont censés ne jamais aller), ça va nulle part, ça sert à rien. Même la division au sein des Rockers entre ceux qui veulent éradiquer tout trafic de drogue de leur territoire et ceux qui veulent simplement éliminer les fournisseurs extérieurs pour reprendre ça à leur compte, au final ça n'est là que pour servir de prétexte au changement de camp d'un des personnages secondaires. Et l'intrigue principale n'est pas vraiment passionnante non plus, c'est une course-poursuite pas très bien racontée, avec des chasseurs semi-débiles qui déclarent dès le début "il faut surtout pas se séparer sinon ils nous aura un par un" puis immédiatement après se séparent et se font avoir un par un, et une proie dont on ne sait jamais si elle a progressé vers son but ou si elle tourne en rond. De temps en temps il y a une fusillade ou une explosion ou une bagarre dans laquelle Roddy Piper parvient à caser des prises de catch.
 


"Odine", qui débutait dans ce film mais a fait son trou à la télé depuis, est si théâtral par moments
que lui et ses plombages en arriveraient presque à voler la vedette à Roddy PIper.


Malgré ces reproches, j'ai pas passé un mauvais moment devant. Comme Epreuve mortelle, c'est bébête, ça ne vaut pas les films que ça essaie d'imiter, mais ça reste plutôt sympathique, marrant et pas trop mal foutu. Alors bien sûr si à la base vous n'êtes pas du genre à fouiller dans le bac à 1€, ça n'est pas un truc pour vous, mais si l'idée de vous replonger dans les années 90 avec une repompe à petit budget des Guerriers de la nuit ressemble pour vous à une façon acceptable d'occuper 1h25 par un après-midi d'ennui, ça peut valoir le coup d'essayer de mettre la main dessus.

 

------------------------------------------------------
Jungle Ground (Jungleground, 1995), réalisé par Don Allan sur un scénario de Michael Stokes (Aigle de fer IV). Avec Roddy Piper (Invasion Los Angeles), JR Bourne (Teen Wolf), Peter Williams (Stargate SG-1), Torri Higginson (Stargate Atlantis), Rachel Wilson (Les Kennedy), Joel Gordon (Max Payne), Lexa Doig (Jason X).

Repost 0
14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 08:10

The ScribblerIl n'y a pas que les BDs connues qui ont droit à leur version cinéma. Parfois il y a aussi des trucs complètement obscurs. Même pas le genre "pas très connu" comme Dylan Dog ou Jonah Hex hein, là on est dans le genre "publié de façon tellement confidentielle qu'aujourd'hui il faut raquer minimum 500€ pour s'en procurer un exemplaire". Est-ce que l'auteur est super pote avec un producteur ? Est-ce que la mode des adaptations de comics amène les studios spécialisés dans les direct-to-video à petit budget à acheter les droits de n'importe quel titre indépendant pour tenter de surfer sur la vague ? Mystère. Toujours est-il que voilà, The Scribbler, un album sorti en 2006 par Dan Schaffer, est devenu un film l'an dernier. La jaquette m'intriguait assez pour me donner envie d'y jeter un oeil et comme le DVD coûte largement moins cher que le livre (il est déjà dans les offres "5 pour 30€"), je me suis dit que ça serait l'occasion de ne pas parler que de vieilleries pour ce mois de l'histoire des meufs.

Sorte de polar fantastique, The Scribbler se déroule presque entièrement en huis clos dans un immeuble où sont envoyés, à leur sortie de l'asile, des malades mentaux en voie de guérison mais pas encore tout à fait capable de réintégrer la société. Suki, une locataire fraîchement installée, souffre d'un dédoublement de personnalité, et son psy lui a confié une machine censée lui permettre de "brûler" ses personnalités superflues petit à petit. La jeune femme hésite à s'en servir : la "vraie" Suki, celle qui survivra à la procédure, sera-t-elle vraiment celle qu'elle espère ? Tourmentée par les voix dans sa tête, et honteuse vis-à-vis du comportement de certaines de ses alter ego, notamment celle qui n'hésite pas à se faire violemment démonter par le voisin manipulateur qui couche avec toutes les filles de l'immeuble, la plus "normale" des personnalités finit par se décider à se débarrasser des autres. Mais chaque utilisation de la machine entraîne des absences, et chaque fois que Suki reprend connaissance, une locataire est retrouvée morte défenestrée... Suki finit par soupçonner l'une de ses personnalités, la "Gribouilleuse", d'essayer de lutter contre son effacement, et de commettre des meurtres à son insu.


The Scribbler 01C'est toujours le mois de l'histoire des meufs alors non, je ne mettrais pas de légende comme
"la personnalité qu'on veut voir gagner c'est celle qui se balade en petite tenue, j'ai raison ou quoi les gars ?",
c'est un site respectueux des meufs ici, MERCI.


L'idée gentiment invraisemblable d'une machine à effacer les personnalités superflues permet au film d'effleurer quelques idées pas inintéressantes, même si pas révolutionnaires, sur la folie et l'identité. Guérir un fou, est-ce tenter de retrouver une personne saine d'esprit cachée derrière sa folie, ou au contraire le débarrasser de toute trace de normalité pour laisser sa folie s'exprimer pleinement ? Ou encore réconcilier les deux facettes de sa personnalité ? Les auteurs semblent suffisamment lucides pour savoir qu'ils n'ont pas vraiment de réponse à apporter, ou quoi que ce soit de vraiment profond à dire, et qu'il vaut mieux te laisser te poser des questions et y réfléchir toi-même et te dire "bon c'est vrai qu'il a tendance à avoir une vision un peu simpliste des maladies mentales, avec ce personnage qui se prend pour Cléopâtre ou cet autre qui pense être allergique aux vêtements, mais malgré ça il est pas si con, ce film, pour une histoire de fille en combinaison de superhéroïne bas-de-gamme qui marche sur les murs".


The Scribbler 04La "Scribbler" n'est certes pas censée être Batman, mais quand même, son costume est vraiment pas terrible.


Alors, le souci, c'est qu'à côté de ça il raconte une histoire pas franchement passionnante, ou plutôt, une histoire qui aurait pu être meilleure si elle avait su laisser préserver plus de surprises sur ce qui se passe réellement. Tout est raconté en flashback par le biais d'un interrogatoire policier, l'héroïne se fait cuisiner par un méchant flic et une gentille psychologue... Et le truc c'est que toi et moi, on n'est pas nés de la dernière pluie : on sait que dans un film quand il y a un interrogatoire où le flic brusque le suspect parce qu'il est sûr de sa culpabilité, la personne est obligatoirement accusée à tort. Du coup là on se retrouve avec une héroïne qui explique qu'elle a douté de son innocence et pensé qu'une de ses personnalités avait tué les autres filles, et pour qu'il y ait un peu de suspense toi-même ten tant que spectateur tu es censé croire que oui, tiens, et si cette pauvre fille était coupable sans le savoir finalement ? sauf que non, tu sais bien qu'elle raconte ça tout en étant en train de clamer son innocence au flic, et que les flics de cinéma ne s'énervent à ce point que face à des gens effectivement innocents. Du coup, le suspense tombe un peu à l'eau. On devine immédiatement que les suicides n'en sont pas mais que Suku n'est pas coupable et vu que la liste de suspects se réduit vite au fil des défenestrations, la fin est un peu cousue de fil blanc.


The Scribbler 02
Certes, les scènes d'interrogatoire permettent d'éviter que l'héroïne
passe son temps à monologuer pour nous expliquer ce qui se passe,
mais avoir choisir d'enrober l'intrigue dedans n'est clairement pas la meilleure idée du film.


Le film parvient quand même à garder le mystère plus longtemps sur quelques éléments, mais plutôt mineurs (genre, à quoi servent les modifications apportées à la machine de Suki). Et il sous-emploie la majorité de ses personnages, ce qui est plutôt regrettable, non seulement parce qu'à défaut d'être réalistes ils auraient pu pimenter un peu l'histoire, mais aussi parce que la distribution est plutôt pas dégueulasse pour une production à petit budget. Pas de vedette, quasiment que des acteurs qu'on voit plutôt dans des petits rôles ou à la télé, mais que des visages reconnaissables : Gina Gershon, l'adjoint de Tommy Lee Jones dans No Country for Old Men, des filles de Buffy, le neveu de Tony Soprano... Il y a même Sasha Grey (que vous prétendrez ne pas connaître si jamais vous regardez le film avec votre femme) dans une apparition de dix secondes au cours de laquelle elle a l'occasion de prononcer une seule réplique avec tout le talent qu'on peut attendre d'une actrice habituée à ne pas trop parler dans ses autres films parce que c'est pas poli quand on a la bouche pleine.


The Scribbler 03Le début a l'air de promettre une belle galerie de dingues hauts-en-couleurs,
mais finalement l'intrigue reste très centrée sur Suki.


The Scribbler n'est donc pas une franche réussite. Au départ il a réussi à me donner envie de vraiment bien l'aimer, et puis finalement ça n'a jamais trop fonctionné. Cela dit, je suis loin d'avoir détesté. Même si le coup de théâtre du dernier chapitre m'a pas estomaqué, je me suis pas ennuyé devant, et j'ai trouvé ça original, ne serait-ce que parce qu'à l'image de son héroïne aux multiples personnalités, le film change plusieurs fois de ton de façon abrupte, et juxtapose science-fiction, comédie, polar, horreur, action, fantastique, thriller, ce que j'ai tendance à trouver maladroit dans d'autres films, mais colle bien au thème dans celui-ci. Allez, on va dire que c'est clairement pas un DVD à acheter au prix fort, mais que c'est une curiosité qui a du charme. C'est déjà pas si mal.

 

 

-------------------------------------------------------------------

The Scribbler (2014), réalisé par John Suits (Breathing Room) sur un scénario de Dan Schaffer (Doghouse). Avec Katie Cassidy (Arrow), Garret Dillahunt (Raising Hope), Michael Imperioli (Les Soprano), Eliza Dushku, (Dollhouse), Michelle Trachtenberg (Buffy contre les vampires), Billy Campbell (The Killing), Gina Gershon (Bound).

Repost 0
16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 08:59

Dick TracyAllez, enchaînons avec un autre personnage de strip des années 30 revenu au cinéma dans les années 90 après un premier passage au temps des "serials" : Dick Tracy, inspecteur de la police de Chicago qui lutte contre le crime organisé avec sa détermination, ses poings, et son gadget révolutionnaire pour l'époque : une montre-radio qui lui permet de recevoir les alertes et d'intervenir en temps record. Apparemment, Warren Beatty est fan et tenait tellement à ce que le film voit le jour qu'il a fini par le tourner lui-même après les désistements successifs de tous les réalisateurs associés au projet. Il joue évidemment le rôle-titre, face à Al Pacino en Al Caprice dit "Big Boy", un chef de gang qui cherche à prendre le contrôle de la ville par tous les moyens : élimination des rivaux, corruption des autorités, et intimidation des témoins qui pourraient amener à sa condamnation. Dick Tracy compte bien le faire plonger mais faute de preuves suffisantes, Big Boy est systématiquement relâché. Le témoignage d'une sulfureuse chanteuse de cabaret pourrait tout changer, mais elle refuse de parler tant que Tracy ne cède pas à ses avances. Pendant ce temps, dans l'ombre, un mystérieux gangster sans visage manipule tout le monde pour se débarrasser à la fois de Big Boy et de Dick Tracy.

Je ne sais pas si c'est une idée de Warren Beatty, parce que clairement on est face à un film sur lequel tout un tas de cuisiniers se sont acharnés à gâcher la sauce donc ça peut avoir été imposé par quelqu'un de chez Disney, ou avoir été hérité d'un précédent producteur ayant lâché l'affaire comme Spielberg, mais Dick Tracy cherche à transposer le plus fidèlement possible l'aspect visuel de la BD à l'écran. Robert Rodriguez reprendrait la même idée 15 ans plus tard pour faire Sin City mais du temps de Dick Tracy, il n'y avait pas internet et de fans abrutis qui chialent sur des forums que "ils ont complètement trahi l'esprit des comics !" quand on ne reproduit pas leur petit miquet à l'identique. Alors je pense que s'ils ont fait ça c'est pas pour se faire sucer aux Comic Con, mais parce qu'ils se sont dit que ce serait une bonne idée originale et rigolote. En cours de tournage je suppose qu'il y a quand même eu des gens pour se rendre compte que c'était parti pour être catastrophique mais vu les retards déjà accumulés c'était plus possible de recommencer à zéro, il fallait composer avec le fait que la moitié des personnages a une tête de marionnette en caoutchouc ridicule dans un monde tout en couleurs trop vives.


Dick Tracy 05Non, non, ne réglez pas votre écran d'ordi ou de téléphone, les images ressemblent vraiment à ça.


Cela dit, il y a quand même des choses qui fonctionnent là-dedans. Les "matte paintings" réalisés dans un style de dessin animé sont vraiment classes. L'exagération visuelle des prouesses du héros est assez amusante, les bagarres sont accélérées pour donner l'impression que ses poings sont ultra-rapides, il assomme une dizaine de types d'un seul crochet, un bandit fait un saut périlleux après avoir reçu un uppercut... Et même les costumes criards, on s'y fait. Malheureusement, il y a les maquillages. Certes, ils ont gagné un Oscar, et je ne dis pas que c'est pas mérité parce que c'est vrai qu'ils sont spectaculaires. Et si on s'amuse à chercher des vieux strips de Dick Tracy, on peut voir qu'effectivement les méchants avaient des gueules pas possibles, ce qui s'explique logiquement par le fait que des petits bonshommes en noir et blanc dans un journal risquaient de tous ressembler à "encore un autre gangster en complet-veston" si on ne trichait pas un peu pour les distinguer. Mais au cinéma, quand vous embauchez des stars comme Al Pacino et Dustin Hoffman, et des "gueules" comme Paul Sorvino, William Forsythe ou Henry Silva, pas besoin de les enfouir sous 8 kilos de latex. Non seulement c'est du gâchis mais ça jure avec tous les acteurs qui ont gardé une tête normale, et si en plus la plupart de ces gueules monstrueuses sont utilisées comme des éléments de décor plutôt que de vrais personnages, on se dit que ça ne valait vraiment pas la peine de transformer le film en Bébête Show pour si peu.


Dick Tracy 04Les singeries de Pacino valent le détour mais contribuent à transformer le tout en grosse farce.


Et le pire c'est que même si on essaie de ne pas se focaliser sur cette galerie de figurants difformes, voire à se dire que tout cela a au moins le mérite de constituer une expérience ratée certes mais singulière, derrière tout ça il y a une intrigue franchement pas terrible, voire carrément inintéressante. Comme je disais plus tôt, on a l'impression que trop de gens avec des visions contradictoires ont mis les mains dedans. Officiellement il n'y a que deux scénaristes crédités, le duo qui a signé Top Gun (mais aussi Turner et Hooch et Anaconda), mais ça sent les réécritures maladroites. Montrons que Tracy est un flic trop malin qui sait mettre à profit les technologies de la police scientifique, puis montrons que malgré ça il est complètement impuissant face au crime organisé. Donnons à croire qu'il s'agit d'une vraie enquête où l'important sera de trouver la bonne preuve ou faire craquer le bon témoin, puis oublions tout ça et concluons avec des fusillades et des bastons parce que les gens préfèrent les films d'action. Ajoutons plus de scènes inutiles avec le Kid, c'est un film pour enfants et les enfants veulent voir un héros de leur âge. Ajoutons plus de scènes avec Madonna en tenue sexy qui vient allumer le héros, elle joue comme une merde mais c'est un film pour grandes personnes et les grandes personnes veulent voir Madonna en tenue sexy. Multiplions les personnages et les intrigues secondaires, perdons du temps avec des numéros musicaux ou des conneries comme les interrogatoires de Dustin Hoffman, mais soyons tellement transparents que n'importe qui devinera la fin du film en dix minutes malgré tous les détours.


Dick Tracy 01Et la fin du film c'est que Dick Tracy le roi des gadgets et des méthodes scientifiques
va tout défoncer à la tommy gun dans un déluge d'explosions

parce que les enquêtes sérieuses ça fait chier tout le monde.


L'aspect "cartoon vivant" en fait tout de même un objet de curiosité pour les amateurs de cinéma bizarre. Surtout que ça devient rarissime qu'un gros studio mette plein de pognon et de gens compétents sur un film bizarre. C'est un peu triste de se dire qu'autant de peintres, maquilleurs, costumiers et accessoiristes talentueux aient fait autant d'efforts pour obtenir un résultat clownesque, mais ça vaut le coup d'oeil si vous êtes sensible à ce genre d'expérimentation. Et puis, si Warren Beatty est un peu terne (et Madonna vraiment atroce), Al Pacino est assez amusant par moments dans son rôle de bouffon grossier et brutal qui se prend pour un intellectuel. Mais si vous cherchez plutôt un bon film de gangsters qu'un drôle de machin insolite mais con, vous pouvez vous en passer.

 

-----------------------------------------

Dick Tracy (1990), réalisé par Warren Beatty (Reds) sur un scénario de Jim Cash & Jack Epps Jr (Top Gun). Avec Warren Beatty, Al Pacino, Glenne Headly (Urgences), Charlie Korsmo (Hook), Madonna.

Repost 0
5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 08:19

Coffy la panthere noire de HarlemAprès la déconfiture de Bikini Bandits Experience, il fallait quelque chose de sympa pour s'enlever le goût, quelque chose de sexy mais qui ne se vautrerait pas dans le débile et le graveleux. J'ai donc choisi Coffy, qui d'après la légende aurait été tourné dans l'urgence par American International Pictures pour sortir avant le Dynamite Jones de la Warner. La plantureuse Pam Grier sous la caméra d'un vétéran du cinéma d'exploitation qui l'avait déjà dirigée dans plusieurs films de prison, et la retrouverait pour Foxy Brown, quoi de mieux pour aborder la rentrée du bon pied hein, j'ai raison ou quoi les gars ?

Bien que les distributeurs français aient choisi de la surnommer "la panthère noire de Harlem", les aventures de Coffy se déroulent à Los Angeles où elle mène secrètement la chasse aux dealers pour venger sa petite soeur détruite par l'héroïne. Elle approche les gros bonnets de la drogue en mettant à profit le contenu des siens, et les exécute impitoyablement en faisant passer ça pour des règlements de compte entre gens du milieu. Puis elle retourne à sa vie d'infirmière et de petite amie d'un député qui a le vent en poupe, jusqu'à sa prochaine mission. La situation, déjà dangereuse pour sa santé physique et mentale, empire lorsqu'un nouveau caïd arrive en ville pour prendre le contrôle de tout le trafic de drogue, en arrosant la police au passage pour assurer sa tranquillité. En infiltrant une agence d'escort-girls à la solde d'un mac récemment "absorbé" par la mafia, Coffy se retrouve en bien fâcheuse posture...


Coffy la panthere noire de Harlem 01Le style de Pam Grier apparaît assez vite... comment dire... très différent
de celui de l'extravagante mais pudique Tamara Dobson.


Coffy, c'est un peu la version plus sulfureuse, plus ancrée dans la réalité, et moins optimiste sur les relations entre Noirs et Blancs, de Dynamite Jones. Ici aussi on a une femme au physique hors normes, intrépide et pleine de ressources, qui combat le crime avec la force d'une armée à elle toute seule. On y retrouve l'idée que les quelques trafiquants noirs des bas quartiers ne sont que la partie visible de l'iceberg du bizness de la drogue, qui fait aussi vivre des fermiers du Tiers Monde, mais enrichit surtout des Blancs au sommet de la hiérarchie de la pègre et des flics ripoux. Mais le film pointe aussi du doigt le monde de la politique, alors la prochaine fois que vos potes vous les brisent parce que vous n'avez pas encore vu Sur écoute qui-est-une-série-trop-bien-trop-réaliste-mais-ça-c'est-la-qualité-HBO, vous pourrez leur dire que leur série préférée n'a rien inventé, que la blaxpoitation dénonçait déjà les mêmes choses il y a 40 ans.


Coffy la panthere noire de Harlem 03Et dans Sur écoute, y a même pas de femmes à poil.


Entre ce discours, et le fait que l'héroïne soit une femme capable de se débrouiller sans homme face à l'adversité, qui sait utiliser à la fois la séduction, la ruse et la force pour parvenir à ses fins, le film a clairement plus de cervelle qu'on ne pourrait le soupçonner, vu qu'à la base c'est quand même un truc destiné à satisfaire les bas instincts du spectateur, une ode à la justice à coups de fusil, où tous les prétextes les moins subtils sont bons pour dénuder les actrices et où l'héroïne doit coucher avec tout le monde pour parvenir à ses fins. Mais c'est donc pas trop bas-du-front, bien ficelé, rondement mené, et porté par une Pam Grier qui, malgré un jeu que je me permettrai de qualifier d'un peu limité, apporte ce qu'il faut de détermination, de charme et d'amertume à son personnage. Finalement si j'ai vraiment un gros reproche à faire au film c'est que, pour de la blaxpoitation, la bande-son n'est pas folichonne. Les quelques chansons originales sont acceptables mais pas mémorables, et la musique quasi-inexistante. Pour un peu, on aurait l'impression de regarder un polar classique des années 70, avec simplement un peu plus de coiffures afro.


Coffy la panthere noire de Harlem 02Il y a bien le personnage de King George pour pimenter un peu,
joué par le chef des flics des trois RoboCop originaux,
mais son rôle est malheureusement trop peu exploité.


Alors bien sûr je sais que la question qui vous brûle les lèvres, c'est : est-ce que c'est mieux ou bien que Dynamite Jones ? Difficile de les départager. Coffy perd en originalité et en extravagance ce qu'il gagne en réalisme. Je ne dirais pas que le film manque de caractère, mais les personnages secondaires, par exemple, sont plus ternes, moins rigolos, malgré la présence de quelques bonnes "tronches" comme Sid Haig. C'est plus violent mais, un peu paradoxalement, il y a un peu moins d'action. Il y a plus de suspense, une intrigue un peu plus intéressante. Pour ma part j'avoue une petite préférence pour Coffy, ne serait-ce que parce que son héroïne est plus attachante, mais si vous cherchez quelque chose d'un peu plus "tous publics" avec moins de nichons et moins de têtes qui explosent, alors mieux vaut vous tourner vers sa rivale.


Coffy la panthere noire de Harlem 04On ne retrouve clairement pas l'ambiance bon enfant du film concurrent.
Mais bon, quand même, Pam Grier hein ? Hé j'ai raison ou quoi les gars ?


En tous cas, si vous aimez les histoires de vengeurs solitaires que rien n'arrête et qu'une pointe d'érotisme ne vous rebute pas, n'hésitez pas, c'est pas un chef-d'oeuvre du cinéma policier mais c'est un bon petit thriller teigneux. Après, moi perso le DVD à 3€ me suffit, mais si vous êtes du genre à vouloir rentabiliser un écran HD géant, vous serez peut-être déçu par la qualité de l'image, correcte mais pas exceptionnelle, et vous préférerez peut-être attendre une hypothétique édition remasterisée en Blu-Ray.

Repost 0
25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 08:02

Dynamite JonesNettement moins connue en France que Pam Grier parce que Tarantino n'a pas relancé sa carrière dans les années 90, Tamara Dobson a pourtant été l'une des premières héroïnes de blaxploitation il y a quarante ans avec son personnage de Cleopatra Jones. Ses aventures sont quand même raisonnablement faciles à trouver en DVD chez nous, et pour pas très cher en plus. Le premier épisode (il y a eu une suite, Dynamite Jones et le Casino d'Or) cherche à la fois à surfer sur le succès de Nuits rouges de Harlem et à adapter le genre au grand public en proposant un protagoniste "positif", ni marginal, ni sulfureux, ni hostile envers les Blancs, puisque Cleopatra (malgré le titre français, elle garde son nom original même dans la version doublée) est un agent spécial au service du Président des Etats-Unis et engagée dans la lutte anti-drogue. Pour avoir supervisé la destruction d'un champ de pavot en Turquie, elle s'attire les foudres de sa propriétaire, une baronne du crime de Los Angeles surnommée Mamy. Avec l'aide de flics ripoux, Mamy fait fermer un centre de désintox parrainé par Jones pour la forcer à rentrer à LA et ainsi l'éliminer, mais ses projets de vengeance vont évidemment se retourner contre elle.

L'intrigue est plutôt faiblarde et prévisible, mais avec sa galerie de personnages hauts en couleurs et ses dialogues rigolos, le film se révèle très sympa et jamais ennuyeux. Sorte de croisement entre Grace Jones et James Bond, Cleopatra ne se laisse intimider ni donner d'ordres par personne, ne perd jamais son sang-froid et son sens de la répartie face au danger, arpente dans des tenues extravagantes des rues mal famées où elle dépasse tout le monde d'une tête et où tout le monde la connaît et l'admire ou la craint. Shelley Winters (la veuve de La Nuit du Chasseur) s'amuse bien dans son rôle de méchante lesbienne qui change quotidiennement de petite assistante sexy et punit impitoyablement les hommes de main qui la déçoivent (elle va jusqu'à en passer un au concasseur à épaves). Antonio Fargas (Huggy-les-bons-tuyaux de Starsky et Hutch) (je ne sais même pas si ça évoque quelque chose aux jeunes d'aujourd'hui mais tant pis) campe un petit caïd fier d'avoir un majordome blanc et obsédé par son apparence au point que, même à l'article de la mort, il a le réflexe de vérifier que sa coupe afro est toujours impeccable.


Dynamite Jones 05Dynamite Jones vaut le coup d'oeil rient que pour sa grande bringue d'héroïne
qui ne quitte jamais ses improbables sapes haute couture même pour
distribuer des kakato geri aux dealers et aux flics véreux.


Alors évidemment comme aujourd'hui la mode est au "sombre et réaliste", plutôt que d'apprécier son côté bon enfant et plein d'espoirs de fraternité et de paix, certains se chagrineront de la vision un peu édulcorée et naïve des ghettos qu'offre le film. Dans Dynamite Jones, bien sûr il y a quelque malfrats, bien sûr il y a des flics malhonnêtes et racistes, mais surtout il y a des brothers qui veillent les uns sur les autres avec le sourire, des anciens toxicos qui ne replongent jamais, des tripots où on s'amuse sagement, un chef de la police blanc et ringard mais bienveillant et qui ne demande qu'à être frère avec tous ses amis noirs. Pour vous dire, même les dalleux qui regardent passer les filles avec envie n'ont jamais une parole désobligeante ou un geste déplacé. Du coup c'est clair qu'il ne faut pas regarder ça en espérant un film militant ou un polar crapoteux.


Dynamite Jones 03Malgré son côté progressiste qui invite Noirs et Blancs à se donner la main et
hommes et femmes à se traiter en égaux, le film est parfois considéré comme homophobe,
Shelley Winters campant une lesbienne lubrique et sadique.


Le côté un peu trop "gentillet" du film se ressent dans d'autres domaines. On nous annonce la participation de l'un des plus grands maîtres de hapkido... mais il y a finalement très peu de combats et on voit bien que les acteurs ne sont pas super doués pour les arts martiaux. Il y a quelques fusillades, une poursuite en voiture, mais sans aller jusqu'à dire que c'est mou du genou, l'action n'est pas vraiment à couper le souffle. La musique, signée par l'arrangeur de celle des Nuits rouges de Harlem, est sympa mais pas mémorable. L'histoire est sans surprise, on suit simplement l'héroïne remonter la piste de coupables que le spectateur connaît depuis le début. Je n'irai pas jusqu'à dire que le film manque d'âme parce que vraiment, il est plein de personnalité et de charme, mais il manque un peu de mordant.


Dynamite Jones 02Le film ne tient hélas pas toutes ses promesses, par exemple les deux ceintures noires
n'auront pas vraiment l'occasion de briller par leur pratique du karaté.


A choisir, je reverrais sans doute plutôt les aventures de Shaft ou Foxy Brown, parce que bon, Pam Grier jeune, hein ? j'ai raison ou quoi les gars ? Cela dit, si c'est entre Dynamite Jones et n'importe quel autre DVD chroniqué ce mois-ci qu'il faut choisir, c'est clairement celui-ci qui gagne. En fait il gagnerait probablement contre la moitié des films que j'ai chroniqués en 4 ans et demi. Donc malgré mes réserves, n'allez pas déduire que c'est un mauvais film parce que vraiment, c'est original, assez drôle, et dans l'ensemble vraiment chouette.
Après ça reste une jamesbonderie gentiment kitsch donc ceux qui préfèrent les films policiers plus réalistes ou les films d'action plus sérieux pourront trouver ça indigeste. Mais ceux qui ont apprécié Black Dynamite peuvent y risquer 5€ sans crainte.

Repost 0
13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 08:21

VigilanteDeuxième long métrage non-porno de William Lustig après le glaçant Maniac, Vigilante est une petite production obscure du début des années 80 qui refait occasionnellement surface en supermarchés dans les bacs à 3€ qui apparaissent au moment des soldes parce que les magasins n'aiment pas trop solder leurs DVDs pour de vrai. Dans la lignée des polars qui ont occupé la fin de carrière de Charles Bronson, le film est une ode à l'auto-défense et aux milices, autrement dit il vaut mieux laisser sa sensibilité de gauche au placard avant d'envisager un visionnage. C'est plus facile que pour Troupe d'élite, rassurez-vous : ici on est purement dans de la réalisation de fantasmes de vengeance, pas dans l'illustration un peu complaisante des méthodes d'une police qui existe vraiment.

L'histoire se passe à cette époque où la population de New York se divisait en deux catégories : les gangs des rues, fauteurs de trouble au service du Mal à l'état pur, et les innocentes victimes, qui en avaient ras-le-bol d'être quotidiennement agressées verbalement ou/et physiquement par la première catégorie sous le regard passif d'autorités laxistes. Un peu comme la France en période électorale, si vous voulez. Dans ce monde sans foi ni loi, un petit groupe de citoyens a décidé de réagir en formant une milice armée qui enlève dealers, violeurs et maquereaux pour les passer à tabac. Ils sont menés par Nick, qui essaie de convaincre son pote Eddie de les rejoindre. Eddie, qui n'a pas dû voir beaucoup de films, refuse parce que c'est immoral de s'abaisser au même niveau que les criminels qu'on prétend combattre. Ce qui évidemment signifie que peu après, une bande de petites frappes va poignarder sa femme et abattre son fils, et que le juge va laisser filer les coupables. Et voilà donc Eddie désormais convaincu que finalement, bon, oui, ok, rejoindre un groupe de "vigilantes", comme disent les anglo-saxons, et traquer les malfrats pour les défoncer à la batte de base-ball, c'était une bonne idée.


Vigilante 02Une fois de plus, la ruse de ce salaud de Patrick Topaloff
permet à cette petite crapule de Joaquin Phoenix de s'en tirer à bon compte.
Le Système™ est pourri, c'est moi qui vous l'dis ma bonne dame.


Autant le dire tout de suite, Vigilante n'est pas un très bon film, c'est bête et méchant et cousu de fil blanc. Pourtant, j'avoue avoir passé un assez bon moment devant. Déjà parce que ça fait toujours plaisir de revoir Fred Williamson dans autre chose que du bis italien et Robert Forster dans un rôle de plus de deux minutes. Ensuite grâce aux éléments qui font le charme des films de cette époque, le synthé qui fait toudoudoudouDUUUN ou nananiiiiin quand il faut, les gangs qui se forment non pas sur l'appartenance à une ethnie mais sur un amour commun du port du blouson en jean avec un écusson cousu dans le dos et simplement pour le plaisir de terroriser ensemble de simples citoyens, pas pour gagner leur vie par des moyens criminels, et ce côté "cinéma d'artisans", parce que ça a vraiment été tourné dans les rues de New York avec des acteurs au physique ordinaire et des cascades faites avec des vraies voitures et des vrais cascadeurs, qui change agréablement des productions bien proprettes des gros studios.


Vigilante 04Au moins le film n'est pas raciste, les méchants sont de toutes les couleurs
et les gentils sont menés par Fred Williamson.
Non parce que promouvoir la justice sommaire, passe encore, mais le racisme, ça s'fait pas, quoi.


Mais surtout, le film part dans de tels extrêmes qu'il finit par ressembler à une parodie. Je me doute que certains spectateurs le trouveront puant quand même et je ne les blâme pas, même si ça reste très éloigné de quelque chose comme l'ignoble The Tortured. Mais pour moi, la pilule est passée parce que Vigilante ne peut clairement pas prétendre refléter une quelconque réalité. Le monde où évoluent les protagonistes n'est pas le nôtre, c'est une adaptation littérale de cette vision caricaturale dépeinte par les discours alarmistes popularisés au cinéma par L'Inspecteur Harry. Dans Vigilante, les criminels ont vraiment plus de droits que les victimes, les voyous ne sont réellement plus des humains mais de la pourriture dont il faut se débarrasser, et il n'y a donc effectivement plus d'autre choix que d'enfreindre la loi pour rendre la justice.


Vigilante 03Ces jeunes débraillés avec leurs mauvaises manières,
que des monstres qui tuent par plaisir je vous l'dis ma bonne dame !


La plupart des flics ont renoncé à faire leur boulot parce que ceux qui s'obstinent à enquêter se font exécuter. Le juge envoie Eddie en prison pour outrage à la cour après avoir relaxé l'assassin de son fils faute de témoignage, tout en sachant que si l'unique témoin ne peut se présenter à l'audience c'est parce que le coupable l'a expédiée à l'hôpital.
Dans l'une des scènes les plus sanglantes, l'un des malfaiteurs explose le petit garçon au fusil à pompe par pure méchanceté gratuite, parce que les loubards n'ont pas d'âme, ce sont des bêtes. Même l'avocat de la défense c'est forcément une ignoble créature (d'ailleurs c'est l'affreux Joe Spinell, le tueur de Maniac, qui joue le rôle), parce que seule une ordure peut accepter que les criminels aient droit à un procès équitable. Voyez, il faut être juste, malgré tout ce qu'on peut penser de la police, des failles du système judiciaire, du besoin de nettoyage des rues au karcher, il faut reconnaître que dans la vraie vie, tout ça, ça n'arrive pas. Mais dans ce monde imaginaire, on est bien forcés d'être d'accord avec Eddie et Nick et leurs méthodes expéditives. Comment tu veux faire autrement dans un monde où le juge t'envoie te faire violer sous les douches d'un pénitencier parce que t'as osé porté plainte contre le meurtrier de ton fils ?


Vigilante 01On ne sait pas très bien en quoi consiste le travail de nos héros mais ce qui est clair
c'est que ce sont de braves cols-bleus durs à la tâche qui font un vrai métier de bonhomme,
donc on est obligés d'être dans leur camp contre ces salauds de
politiciens et de technocrates
qui sont évidemment de mèche avec les bandits.


Tout ça pour dire que j'ai trouvé un côté comique (volontaire ou non, le doute reste permis) dans cette accumulation de grosses ficelles destinées à justifier l'apologie du droit à faire justice soi-même. Les rebondissements invraisemblables comme l'innocent qui va en taule pendant que le méchant est libéré, fallait l'oser. Mais ça passe, c'est pas un film à message, c'est du cinéma d'exploitation qui donne exactement ce qu'il veut à un certain public qui a envie d'être mis très très en colère contre la méchante racaille puis de la voir bien punie par le bon peuple. Et puis, au pire... trouvez-moi un film policier qui prône le respect du règlement, le refus de l'esprit de vengeance et la défense du droit des accusés, hein ? Alors après, je le redis, c'est quand même loin d'être un super film, c'est basique au possible, pas très original, pas très intelligent. Mais si les séries B un peu marginales des années 80 vous séduisent, celle-ci n'est pas inintéressante.

Repost 0
18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 09:19

KillshotC'est rarement bon signe quand un film est privé de sortie ciné pour passer directement en DVD, et que le distributeur se raccroche à "par les producteurs de..." pour le vendre. Comme c'était pas cher, qu'il y a pas mal d'acteurs intéressants dedans (Mickey Rourke, Diane Lane, Thomas Jane, Rosario Dawson, Joseph Gordon-Levitt) et que c'est une adaptation d'Elmore Leonard, j'ai acheté quand même par curiosité. Des fois, ça paye.

L'ex-idole des minettes à gueule ravagée joue Blackbird, un tueur à gages amérindien qui, après un coup foireux, décide de raccrocher. Comme c'est un film, ça veut dire qu'il va se laisser convaincre d'accepter un dernier gros coup avant de se mettre au vert, et que les choses vont moins bien se passer que prévu. Son employeur refuse de le payer et met sa tête à prix. En rade de fric alors qu'il voulait s'acheter une maison et se ranger, Blackbird s'associe avec Richie, un jeune braqueur à moitié con, pour racketter un agent immobilier, mais l'affaire tourne mal une fois de plus. Et cette fois, il y a deux témoins oculaires, quelque chose que Blackbird ne laisse jamais derrière lui. Blackbird et Richie vont donc traquer le couple Colson, que le FBI a placé sous protection, pour les abattre.

J'avoue n'avoir pas lu D'un coup, d'un seul, je ne sais pas à quel point l'intrigue est fidèle au roman, et l'ambiance très noire n'est clairement pas celle des bouquins les plus légers d'Elmore Leonard comme Zigzag Movie ou Plus gros que le ventre, mais on retrouve quand même sa patte dans Killshot (bien qu'il n'ait pas participé au film, le scénario étant signé du seul Hossein Amini, l'auteur de Drive). Une histoire de gens ordinaires contraints de tenir tête à des criminels endurcis, de plans qui ont l'air inratables mais qui foirent, avec l'accent mis sur les personnages et leurs relations plutôt que sur une intrigue policière tortueuse, et une représentation du monde de la pègre qui semble plus plausible que dans les polars à prétention "tarantinesque"... L'archétype de l'assassin méthodique et implacable, par exemple, on connaît, mais ici l'approche du personnage est plus originale qu'à l'accoutumée, ça n'est ni un fou furieux qui fait ça parce que ça l'amuse, ni un type qui au fond a un coeur d'or et ne tue que des méchants, ni un dandy qui s'enorgueillit d'être le meilleur dans son domaine et utilise son fric pour mener la grande vie.


Killshot 01Dans l'ensemble ça n'est pas super rigolo mais on a droit à quelques bons moments d'humour noir,
comme lorsque Richie saccage le bureau de l'agent immobilier pour le convaincre de payer.


Du coup, c'est vrai que certains pourront trouver ça trop terre-à-terre. Avec à peine 43% de critiques favorables d'après RottenTomatoes.com, c'est clairement un film qui a du mal à séduire le public. Si vous espérez des fusillades épiques (surtout que la jaquette en fait des tonnes pour donner l'impression que c'est un film d'action), des gangsters trop cool qui préparent le casse du siècle ou un tueur de classe internationale qui se retrouve impliqué dans un complot planétaire et doit sauver le monde, vous serez forcément déçu. C'est une histoire de petite envergure, un peu comme The Redemption, avec des petites frappes qui montent des petites combines. Et le ton est noir, mais sans pour autant verser dans la grosse tragédie comme le font certains cinéastes qui tiennent à ce que tu saches que ça n'est pas vraiment une bête histoire policière, c'est du drame sérieux, qui philosophe sur la vie qui est une misérable pute et sur l'impossibilité d'expier nos péchés. Killshot n'est pas super joyeux parce que ses héros n'ont pas de bol et font des conneries, mais on est plus proche des frères Coen que de James Gray.


Killshot 02Blackbird n'est pas un criminel machiavellique à la Keyser Söze, mais se révèle
suffisamment rusé pour piéger son monde, comme lorsqu'il amène
les Colson à quitter le programme de protection des témoins et rentrer chez eux.


Pour ma part je trouve tout ça plutôt rafraîchissant. Entendons-nous bien j'adore les films d'action hein et je ne déteste pas tout dans le cinéma hollywoodien de ces dix dernières années, mais disons que pour une fois ça fait du bien de voir un film en ayant l'impression qu'il a été écrit et réalisé pour des adultes même si les protagonistes ont des fusils. D'ailleurs les personnages principaux ont tous passé la quarantaine (si l'on excepte Richie, qui n'a pas vraiment le beau rôle) et ont des préoccupations en adéquation avec leur âge. Le couple est en pleine séparation après des années d'usure, le mari essaie de recoller les morceaux mais il est quand même capable d'accepter la situation comme une grande personne. Il est vexé d'être relégué à des postes de "vieux" sur les chantiers où il bosse. Blackbird voudrait prendre sa retraite, renouer avec ses racines. Faute de pouvoir raccrocher il aimerait bien retrouver un semblant de famille et d'humanité. Son ancien patron a des velléités de vengeance mais est assez raisonnable pour savoir que ce bizness laisse peu de place au sentimentalisme et que le plus important reste de faire tourner les affaires et d'éviter la prison. Je n'irai pas jusqu'à dire que tout ça en fait des personnages complexes mais disons qu'ils ont un peu plus d'épaisseur que dans The Tournament ou The Code.


Killshot 03Le charme du film se trouve surtout dans ses moments intimes qui sonnent juste,
comme lorsque la copine de Richie essaie nerveusement de faire comme si de rien n'était
alors que
la situation à la maison semble sur le point d'exploser.


Rassurez-vous c'est quand même un thriller à suspense bien ficelé, pas un téléfilm français. Y a un petit côté Breaking Bad, même. Je ne voudrais pas en faire trop et vous le vendre comme un grand film ou un petit bijou méconnu, il manque un je-ne-sais-quoi qui le rendrait plus passionnant ou mémorable. C'est une bonne petite série B à voir pour ses acteurs et son ambiance mais forcément, si vous n'êtes pas spécialement fan de Mickey Rourke version gueule cassée ou si vous préférez les polars un peu plus remuants, vous avez peu de chances d'être séduit. Et ceux qui espéraient que le réalisateur John Madden refasse quelque chose dans la même veine de son plus gros succès, Shakespeare in Love, n'en parlons même pas.

Repost 0
25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 08:19

Le Singe tueurUn genre qui manquait jusqu'à présent à mes recherches dans le domaine du film d'horreur pas cher pour Halloween : le vieux film d'épouvante en noir et blanc. Offert par une généreuse mécène que j'ai hélas perdue de vue depuis, Le Singe tueur est un film de 1940 tombé dans l'oubli, mais aussi dans le domaine public. Néanmoins, ceux qui préfèrent tout simplement s'installer devant la télé et mettre un DVD dans le lecteur plutôt que farfouiller sur internet où regarder gratos une VO non sous-titrée avec une qualité d'image discutable peuvent se procurer à vil prix auprès des éditions Bach Films.

Adapté d'une obscure pièce de théâtre, Le Singe tueur est l'occasion pour Boris Karloff d'enfiler un nouveau costume après ceux du monstre de Frankenstein et de Fu Manchu : celui d'un gorille mort. Mais son rôle est celui d'un médecin, inventeur d'un sérum qui permet aux handicapés de marcher à nouveau, à condition d'avoir un cadavre frais sous la main pour prélever la moëlle épinière nécessaire à sa fabrication. S'étant juré de rendre l'usage de ses jambes à une jeune hémiplégique, il se retrouve bien emmerdé le jour où il perd son unique dose de sérum. Coup de bol, il parvient à neutraliser un singe meurtrier échappé d'un cirque, ce qui lui donne une idée que personne n'oserait tenter ni dans le cinéma moderne ni dans le monde réel : se fabriquer un costume avec sa dépouille, et se faire passer pour le méchant gorille pour tuer quelqu'un impunément afin de récupérer un nouvel échantillon de fluide pour concocter son remède. Evidemment, qui dit assassin amateur dit travail mal fait, et le docteur va devoir reprendre son rôle de primate et commettre de nouveaux crimes pour tenter maladroitement de couvrir le premier.


Le Singe tueur 01

Les costumes de singe ne sont même pas si mauvais pour l'époque,
mais bon, il faut être honnête, on n'y croit pas pour autant.


Quand on parle de Boris Karloff, on pense aux Frankenstein, à La Momie, au Chat noir ou à La Mort qui marche (imaginez-moi en train de vous expliquer ça avec la voix d'Eddy Mitchell, c'est plus classe), mais il y a une bonne raison au fait qu'on n'évoque pas souvent Le Singe tueur : non, ça n'est pas un classique injustement oublié, c'est une petite couillonnade pas très réussie. Une fluide qui fait marcher les paralysés, j'ai rien contre, et le médecin prêt à tuer pour sauver une patiente qui lui rappelle sa défunte fille, c'est une bonne base pour une histoire tragique, mais le coup du costume de singe qui berne le shérif et ses adjoints, c'est quand même un peu trop débile pour être excusé. Et le fait que le DVD ne propose qu'une VF risible, réalisée spécialement pour cette édition, avec trois acteurs pour doubler tous les personnages (j'espère que vous aimez entendre Patrick Noérie, il a la moitié des rôles), n'arrange rien. Peut-être que la prestation de Karloff offrait un minimum d'intérêt mais c'est difficile de s'en rendre compte ici. Pourquoi ne pas avoir conservé la V.O. ? Ou un doublage d'époque, s'il y en avait un ? Ou bien, quitte à imposer un doublage bidon en se disant que ça ne gâche pas grand'chose puisque le film est déjà con, pourquoi ne pas partir dans un délire à la Ken le Survivant ? Le film est difficile à prendre au sérieux, mais il n'est pas pour autant très drôle.


Le Singe tueur 02Difficile de juger la performance de l'acteur sous une couche de doublage français discutable,
mais il faut reconnaître que le film est trop court pour laisser le temps de développer
un personnage intéressant de savant fou meurtrier par amour et pour la science.


Vendre un film libre de droits, c'est déjà pas joli-joli, mais quand ça permet de découvrir une perle rare, une curiosité introuvable, quand c'est accompagné de bonus intéressant, après tout, pourquoi. L'édition de Terreur à Tiny Town, par exemple, est plutôt chouette. Mais Le Singe tueur ressemble plutôt à une opération "argent facile" pour Bach Films, appâter le chaland avec le nom de Boris Karloff et fourguer une édition médiocre d'un film bas-de-gamme. J'avoue que l'image est de qualité tout à fait honorable, nettement meilleure que la version visible sur The Internet Archive, par exemple, mais à part ça, c'est très décevant. Une VO sous-titrée ou un petit documentaire en accompagnement auraient aidé à faire passer la pilule. Même à un inconditionnel de sa vedette qui ne l'aurait pas encore vu et qui aurait une heure à perdre (oui, le film est très court, ça non plus ça n'aide pas trop à construire quelque chose de valable), je conseillerais de trouver une version visible gratuitement plutôt que l'achat de ce DVD. 

Repost 0

Présentation

  • : Ciné Discount
  • Ciné Discount
  • : Films en solde ou au rabais
  • Contact

Coupé court

Les vidéos de CoupeCourt-lefilm sur Dailymotion

Recherche

Fais pas ta pute

Bon, j'aime pas mendier, mais tu sais que je t'aime, ami lecteur, et que je sais que tu adores ce que j'écris, alors je me disais que par exemple, tu vois,  pour faire un beau geste, ce serait sympa si une fois de temps en temps histoire de filer un petit coup de pouce, tu lâchais quelques piécettes pour que j'ai un film de plus à chroniquer ici tu vois ? Non je sais que ça fait minable de réclamer comme ça mais putain,  tu crois qu'un mec qui a payé pour voir Gingerdead Man se soucie encore de son image de marque ? Et je sais que c'est la crise et que t'as des fins de mois difficile, mais bordel je demande pas la lune non plus, quand je pense au temps que tu passes GRATUITEMENT sur mon blog qui illumine ta journée ennuyeuse au bureau, je me dis que m'offrir un DVD de temps en temps ce serait un juste retour des choses quand même. Y a pas d'obligation hein, mais quand même quoi vazi fais pas ta pute. A ton bon coeur, mec. Tu le regretteras pas. Et je te cacherai pas que pour le moment, cette opération est un bide complet donc si tu décidais de participer, ça ferait de toi le premier contributeur, soit un genre de membre Gold du site tu vois, la classe. En plus si ça se trouve c'est déductible des impôts ou un truc du genre, renseigne-toi mec, ça vaut le coup.

Goldmembers

goldmemberMC Jean Gab'1 n'est pas une putain, retiens-le bien, mais ça vous le saviez déjà. Mais d'autres gens ici n'ont pas fait leur pute, et contribué à l'effort de guerre. Grâce soit donc rendue en ces lieux à :

-Artemis
-jakbonhom
-Mahg

-Sheep Tapes
-Snowman
-Super Menteur